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Etat espagnol. Etre anticapitaliste dans Podemos...



"Nous pensons qu’il faut donner plus d’importance au travail de reconstruction du mouvement social"

Cet entretien est le troisième de notre série d’été tirée de notre voyage en Espagne. Après Iñigo Errejón et Rita Maestre, nous avons pu interroger Jaime Pastor, professeur de sciences politiques [rapporteur dans le jury de thèse de Pablo Iglesias] et intellectuel historique du mouvement trotskiste en Espagne. Il est membre d’Izquierda Anticapitalista, courant trotskiste qui fait partie de Podemos. Au programme : l’histoire du mouvement trotskiste espagnol ; la crise de régime que vit l’Espagne ; l’idée de plurinationalité et la Catalogne ; les rapports avec le NPA , et la stratégie de Podemos vis à vis de la contrainte européenne. 

LVSL :  Vous avez été l’une des principales figures de la Ligue Communiste Révolutionnaire espagnole : comment et dans quel contexte s’est formée la Ligue en Espagne ? En France, Mai 68 a eu une importance cruciale dans la construction de la LCR : est-ce également le cas en Espagne ?    

Je fais partie de la génération de la deuxième moitié des années 60, et malgré le contexte de dictature, Mai 68 a eu un impact important sur une certaine tranche de cette génération. C’est après 68 qu’ont commencé à surgir divers courants hétérodoxes parmi les gauches espagnoles. Dans notre cas, nous étions déjà influencés intellectuellement par des auteurs comme Ernest Mandel ou même André Gorz, bien qu’il ne soit pas trotskiste. 

[…] Dans un premier temps, nous avons reconnu la réussite de Podemos aux élections européennes, mais progressivement nous nous sommes éloignés de l’équipe dirigeante à partir du moment où ils ont fait du succès des européennes une manière de légitimer leur projet, notamment lors du premier congrès du parti à l’automne 2014. Leur modèle était celui d’un parti clairement centré sur le leadership médiatique, au détriment des cercles de base qui avaient été fondamentaux dans la campagne des européennes, et dont nous avions pourtant besoin dans la guerre éclair qu’il nous fallait mener. Leur volonté était, je cite, de construire une “machine de guerre électorale”. 

Evidemment, les élections générales de décembre 2015 se profilaient à l’horizon, le terrain politico-électoral était donc prioritaire. Mais la médiation ne pouvait pas se faire uniquement à travers la télévision ou les réseaux sociaux : elle devait passer par un travail dans les quartiers, par la construction d’un ancrage local. Certains cercles, à qui on n’a pas accordé de véritable rôle, si ce n’était quelques actions isolées comme coller des affiches, se sont rapidement affaiblis et vidés de leur substance. Aujourd’hui la moyenne d’âge dans ces cercles est assez élevée, ce qui n’est pas représentatif de l’électorat de Podemos, et c’est un véritable problème. D’un autre côté, cela montre tout de même que Podemos a remotivé des militants de plus de 50 ans, bien que le pourcentage des voix obtenues dans cette catégorie de la population soit très faible. Cela signifie bien qu’une partie de cette génération a, d’une manière ou d’une autre, repris espoir avec Podemos. Cliquer ici
  

A lire aussi

 Iñigo Errejón, l’une des principales figures, quoique assez malmenée lors du dernier congrès, de Podemos, a accordé un longue entrevue en français (1), très intéressante comme tout ce qu’il dit ou écrit mais dont on ne peut oublier les graves limites qu’elle révèle dans le projet de Podemos. Du moins si l’on considère, comme nous le faisons, que l’activation de processus d’auto-émancipation des peuples est la condition sine qua non pour que se construise une rupture décisive avec le système de domination. Cliquer ici

Mettre en crise un régime appelle une réponse politique de sortie de cette crise que, dans l’incapacité où le 15M s’est trouvé de l’apporter, Podemos, à son tour, n’a pas pu, pas su, pas voulu, en tout cas pas encore, apporter. Contredisant la sémantique de son nom (Nous Pouvons), ce qui se donne à voir comme un « No Podemos » n’est donc qu’une épine dans le pied du géant capitaliste… incapable qu’il est de rien « changer » sur le fond. La société « espagnole », devenue en peu de temps plus inégalitaire que jamais, se reproduit sur ce qui n’est plus que le souvenir évanescent du mirage longtemps prégnant de l’« ascenseur social » et de l’espoir qui l’accompagnait d’une « classe-moyennisation » élargie des couches populaires… Cliquer ici


Et encore 1


Sur Juan Carlos Monedero 

Juan Carlos Monedero, le « numéro 2 » du parti (jusqu'à sa démission, voir ci-dessous), excédé par les critiques des comités de Madrid, leur lança: « Je ne vois aujourd’hui aucun intérêt à être dans Podemos ; si je m’écoutais, j’enverrais cette réunion se faire foutre (sic) et que cela vous fasse un grand bien (re-sic) ». Cf. « Las bases de Podemos se enfrentan a sus fundadores para exigir democracia interna » [La base de Podemos s'oppose à ses fondateurs pour exiger la démocratie interne] et « La propuesta es precipitada y no contamos con suficiente información » (El País, 9 juin 2014). (tiré de Podemos, ou l'art de « prendre d'assaut le ciel » par les élections, note 4)  

 "En démissionnant de la direction du parti en avril 2015, Juan Carlos Monedero tapa juste en soulignant que Podemos avait cédé, par mimétisme, à certains vices inhérents à la « compétition électorale » : « Parfois nous ressemblons à ceux que nous voulons remplacer. C’est une réalité. […] Podemos se retrouve dans de tels problèmes car il ne prend plus le temps de se réunir en petits cercles, parce qu’une minute de télévision est plus importante. […] [Dès l’instant où les forces politiques ont pour principal but d’« accéder au pouvoir », elles entrent] dans le jeu électoral et elles se retrouvent otages de ce qu’il y a de pire dans l’Etat, sa nature représentative » (« Monedero dimite de la dirección de Podemos tras criticar la estrategia », http://politica.elpais.com/politica/2015...). Que des paroles sensées pour un retour « aux origines » chez l’homme qui, on l’a vu, avait mené pourtant la bataille pour éloigner la direction de Podemos de toute influence prégnante du 15-M, jugée par lui, alors, néfaste à l’efficacité du parti. La suite montra que cette sortie n’était qu’une parenthèse. Globalement l’homme cautionna, de l’extérieur de la direction, la poursuite de ce qu’il avait dénoncé l’instant d’une courte lucidité !" (ibid, note 7).
 Et encore 2


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