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Catalunya. Organiser la riposte à l'offensive politico-judiciaire contre le Govern et le vice-président...


 3 novembre

Appel de l'ANC et d'Omnium

Liberté pour les prisonniers politiques !

Nous sommes une république !

Manifestation le 11 novembre à Barcelone !


Ce 11-N [11 novembre] est conçu sur le modèle des « 11-S », les Diadas [manifestations le jour de la fête nationale catalane, le 11 septembre], qui a réuni dans le passé un million de participant-es dans les rues de Barcelone. Ce samedi de mobilisation sera le point culminant d'une Semaine de la Liberté qui verra diverses manifestations et rassemblements locaux se tenir dans tout le pays, ponctués tous les soirs par des casserolades, avec une « aturada » (arrêt du pays) le mercredi 8 novembre, le même jour que la Vaga General [grève générale] lancée par l'Intersindical-CSC sur les revendications ouvrières et les libertés (à partir d'une note de Pierre G de Toulouse).


La mobilisation en soutien aux prisonniers politiques 

Hier, jeudi 2 novembre, dès l'annonce de l'incarcération des membres du Govern, des milliers de personnes avaient répondu à l'appel à mobilisation lancées par l'Omnium et l'ANC en se rassemblant devant le Parlament de Barcelone. Les slogans demandaient la libération des prisonniers politiques, assuraient ceux-ci qu'ils "n'étaient pas seuls" ou lançaient, en guise de défi, "Puigdemont est notre président".

Le leader de Podem, Albano-Dante Fachín, le premier adjoint, membre de Catalunya en Comú, de la mairie de Barcelone, Jaume Asens et le dirigeant de l'UGT de Catalunya, Camil Ros avaient rejoint les manifestant-es. A partir de 22 heures, des casserolades avaient retenti, en signe de protestation, dans de nombreux quartiers de Barcelone mais aussi de nombreuses communes catalanes.
Ce vendredi 3 novembre, les Comités de Défense du référendum, entre autres organisations mobilisées, et des étudiant-es ont bloqué des routes et des voies ferrées (à la gare de Sant Cugat de los Ferrocarrils de la Generalitat de Catalunya, la circulation a été arrêtée pendant 10 minutes, ce qui a occasionné des retards. Actions identiques dans les gares de Reus, Valls et Girona).

A Tarragone, des centaines de personnes ont tenu à se retrouver devant l'une des principales mairies dirigées par le PSC (photo ci-dessus) qui, il faut le rappeler, soutient l'application de l'article 155 mais, à la différence du PSOE qui n'a rien à dire sur le sujet, trouve disproportionnées les mesures d'incarcération prononcées à l'encontre des "consellers" du Govern.
A Barcelone, des habitant-es du quartier de Poblenou ont coupé la Gran Via, qui est une des voies d'accès à la capitale. Des coupures de circulation ont également eu lieu sur la A-2 à Castellolí (Anoia) en direction de Barcelone en provoquant 4 km de bouchons.

Sur les 10 heures, des manifestations bloquaient la B-23 au niveau de Molins de Rei en direction de Barcelone, la N-230 à Bausen (Val d'Aran), la C-26 à Foradada (Lleida), la C-14 à Bassella (Lleida), et il y avait une opération escargot sur la C-25 à Manresa. Lire ici
 Des rassemblements de milliers de personnes  devant les mairies, comme à Vic (photo ci-jointe) ont, en fin de journée, maintenu la pression.

Encore modestes, ces actions menées à chaud pour protester contre les décisions d'emprisonnement édictées par la juge de l'Audiencia Nacional, préfigurent le lancement de mobilisations de plus grande envergure dont le premier rendez-vous important aura lieu le 11 novembre, voir note ci-dessus et en-tête de la section 3 novembre de cette page. 
A Madrid, la Coordination 25S* appelle à rassemblement dimanche à la Puerta del Sol contre "le régime répressif, antidémocratique et mafieux" sous le slogan "Adieu mafia, bonjour république" !

* Cette coordination est née suite au mouvement "Encerclons le Congrès", le 25 septembre 2012 , d'où 25S, qui subit des charges policières d'une très grande violence. Elle rassemble de nombreux activistes sociaux, des membres de collectifs de quartiers et des militant-es de divers partis de gauche; elle avait organisé, en octobre 2015, un rassemblement contre l'investiture de Mariano Rajoy comme Président du gouvernement. Comme le montre l'affiche que nous reproduisons il s'agissait de protester contre le "coup d'Etat de la mafia" et "l'investiture illégitime" au nom de la démocratie. Le tout en rappelant que "seule une république nous sortira de tout ça" !


Communiqué du NPA

 Cliquer ici 

Une procédure pénale étrange... qui, relevant d'une opération politique, interdit que justice puisse être rendue ! 
  
 Toute la procédure pénale engagée contre le Govern et le Parlament apparaît être une étrange opération. Celle-ci est mise en oeuvre un procureur général qui a été récusé par le Congrès des Députés, c'est-à-dire qu'il s'agit d'une personne qui est dépourvue de légitimité pour exercer sa fonction. Dans la communauté scientifique presque personne ne considère que la conduite des mis en examen ait quelque chose à voir avec la typologie des délits dont ils sont accusés : rébellion et sédition. L'organe judiciaire auquel il a été fait recours, l'Audiencia Nacional, n'est pas compétent, selon ce qu'établit sa propre jurisprudence, pour instruire de tels délits. Les décisions de la juge de l'Audiencia Nacional, qui a pris les mesures d'emprisonnement des "Jordis" et a jugé recevables les plaintes contre les membres du Govern, se fondent sur une argumentation juridique délirante. 

Il n'y a pas dans cette procédure la moindre apparence que la justice ait été administrée. Tous les indices convergent pour que l'on puisse dire que nous nous trouvons en présence d'une opération politique du Président du Gouvernement [Mariano Rajoy] menée à travers le procureur général de l'Etat qui, justement continue à exercer sa fonction grâce à cette même opération et malgré la récusation dont il a été l'objet.

Tout ceci est cohérent avec ce qu'a été la stratégie de Mariano Rajoy dès le début. Le nationalisme catalan ne pose pas un problème de nature politique mais un problème de nature pénale auquel il faut répondre en faisant agir le Procureur à toutes les étapes de l'événement et ensuite par la saisine des tribunaux.

Javier Pérez Royo, professeur de droit constitutionnel, extraits traduits de Mariano Rajoy sigue donde estaba, "Mariano Rajoy est toujours là où il était").

 Le Tribunal constitutionnel espagnol (TC) a interdit le référendum sur l’indépendance catalane prévu le 1er octobre, ainsi que la session du parlement catalan prévu le 9 octobre, au motif que ces actions annoncées violaient l’article 2 de la constitution espagnole qui stipule l’unité indissoluble de la nation espagnole, ce qui rend la sécession illégale. Cependant, en appliquant de cette façon l’article 2, le Tribunal a violé les dispositions constitutionnelles concernant la liberté de parole et de réunion pacifique. Ces deux principes sont incarnés par les référendums et les délibérations parlementaires quels que soient leurs sujets spécifiques. Sans interférer dans les conflits constitutionnels espagnols ou dans l’application du code pénal espagnol, nous notons qu’appliquer une disposition constitutionnelle en violant des droits fondamentaux relève de la parodie de justice. Ainsi, les décisions du Tribunal et les actions du gouvernement espagnol pour lesquelles ces décisions ont fourni une base légale violent à la fois l’esprit et la lettre de l’État de droit. Cliquer ici
  
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Connaître la CUP

 Le site A L’Encontre traduit ici un entretien réalisé par le site Contexto.es (lié au quotidien en ligne Público.es) avec un militant de la CUP. Réalisé peu avant le vendredi 27 octobre, journée où tout s’est précipité, il n’en reste pas moins d’une lecture fructueuse pour toutes celles et tous ceux qui voudraient disposer de quelques éléments de première main sur une formation (qui regroupe plusieurs courants, dont les sensibilités peuvent être plus nationales ou sociales, en particulier Poble Lliure et Endavant) dont les 10 député·e·s ont joué un rôle clé dans le Parlament qui vient d’être destitué par Mariano Rajoy. Cliquer ici

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2 novembre

Fin du round d'observation, Madrid cogne dur...

Lire ci-dessous Le point de vue du NPA 34

(nous informerons demain vendredi sur les réactions et mobilisations suscitées par les événements de cette journée)

Le vice-président de la Généralité et 8 membres du Govern sont jetés au cachot !

Les membres du Govern, et à droite, le vice-président de la Généralité, à leur arrivée au tribunal

La juge de l'Audiencia Nacional, en charge de l'instruction des plaintes portées par les réquisitions de l'homme du gouvernement de Madrid, le Procureur Général de l'Etat, précise dans le document qu'elle a rédigé suite à l'audition (de 5 minutes) des mis-es en accusation, lesquel-les ont refusé de répondre à ses questions, que ceux/celles-ci  encourent des peines pouvant aller jusqu'à 50 ans d'emprisonnement (25 pour rébellion, 15 pour sédition et 8, voire 10, pour détournements de fonds). C'est évidemment l'accusation explicite d'avoir proclamé l'indépendance de la Catalogne qui fonde les décisions de mise en examen et d'emprisonnement immédiat. L'un des accusés, le "ministre" de l'Economie et de la Connaissance, qui, arrivé seul au tribunal avec son avocat, a, lui, accepté de répondre aux questions et est mis en examen comme les autres, sera cependant laissé en liberté s'il verse la caution de 50 000 euros car il est crédité par la juge d'avoir démissionné de son poste la veille du vote d'indépendance pour marquer son désaccord.

On relèvera dans ces attendus les lignes suivantes : "tous les mis en examen ont sollicité, pour mettre en oeuvre le dessein sécessioniste qui était au coeur de leur action, la population en encourageant des actes  d'insurrection publique, de désobéissance et de résistance collective à l'autorité légitime de l'Etat". L'un des membres du Govern est particulièrement cité pour avoir encouragé la participation à la grève du 2 octobre, qui a suivi le référendum, en annonçant que ledit Govern l'appuyait et qu'il n'opèrerait aucune retenue de salaires à ceux/celles des fonctionnaires de l'Autonomie qui ne se rendraient pas à leur travail. Il est reproché aussi au "ministre de l'intérieur" du Govern d'avoir argué, auprès des autorités de Madrid inquiètes de possibles affrontements entre la police catalane et la police espagnole, que "s'il y avait de la bonne volonté et si la nouvelle réalité politique était acceptée, il n'y aurait pas de "collision" entre policiers". Il est par ailleurs relevé que la plupart des membres du Govern incriminé-es appartiennent à l'une des deux associations de la société civile catalane que sont l'Assemblée Nationale Catalane (ANC) et l'Omnium Culturel dont les deux dirigeants sont déjà emprisonnés.

La police catalane, les Mossos d'Esquadra, est particlièrement dans le collimateur de la juge pour n'avoir pas exécuté la décision de justice d'empêcher, aux côtés de la Garde Civile, la tenue du référendum du 1er octobre et, pour, dans quelques cas, s'être affrontée à celle-ci ou encore pour avoir espionné ses agents et ainsi averti les occupants de certains bureaux de vote des mouvements policiers pouvant les concerner. Lire ici

Le Procureur a demandé qu'un ordre européen de détention soit lancé à l'encontre de Carles Puigdemont et des quatre membres du Govern qui se sont réfugiés à Bruxelles et n'ont donc pas répondu à l'ordre de comparaître devant la juge aujourd'hui. 

La présidente du Parlament, Carme Forcadell, et les 5 membres du Bureau de cette institution, appelé-es à comparaître aujourd'hui devant le Tribunal Suprême, sont renvoyé-es à comparaître, sur sollicitation de leurs avocats, jeudi prochain et, dans l'attente, sont placé-es sous contrôle policier. Lire ici

 Le point de vue du NPA 34

Un cran de plus dans la répression de la mobilisation catalane, un avertissement pour les peuples d'Europe 

La décision d'incarcérer des dirigeants du gouvernement catalan, prise par la juge qui a procédé à leur audition dans le cadre de leur inculpation pour rébellion, sédition et prévarication, doit permettre, par-delà la légitime émotion suscitée, de saisir pleinement la nature du conflit qui est en cours en Catalogne : le gouvernement de Madrid, par la voix de son Procureur qui a requis ces emprisonnements préventifs dans le cadre des poursuites qu'il sollicite contre ces personnalités, est décidé à aller jusqu'au bout de la judiciarisation de ce qui relève pourtant, de toute évidence, du politique. 

Dit autrement, sans étonnement, l'Etat espagnol, avec la pleine caution des autres Etats membres de l'UE, déploie sa politique de guerre contre les populations, en actionnant à fond tous ses ressorts répressifs : aujourd'hui c'est la justice qui frappe durement comme le 1er octobre la police avait brutalisé ceux et celles qui avaient décidé de voter malgré les interdictions édictées. On ne peut pas mieux illustrer le basculement toujours plus grand de la politique bourgeoise espagnole vers une violence exponentielle contre ses opposant-es. Dans l'affaire catalane, c'est le coeur du politique revendiqué par l'Europe autoproclamée héritière des Lumières, la démocratie, qui est fracturé : le corps social vient de recevoir le signal que les mécanismes institutionnels habituels, a priori amortisseurs et désactivateurs des conflits au profit de la reconduction de l'ordre établi, tels qu'un gouvernement (le Govern) ou un parlement (le Parlament), deviennent des ennemis, littéralement à abattre, du centre de commandement étatique du capital (la monarchie et le gouvernement de Madrid). La leçon devrait être méditée par tous/toutes les légalistes de gauche : un acte de désobéissance avéré, certes majeur, comme la mise en route d'un processus d'autodétermination débouchant sur la proclamation d'une république catalane indépendante, se trouve d'emblée nié dans ce qui le rattache à l'espace même du politique, de la délibération démocratique classique, encourant tout au plus une condamnation...politique, il obligerait à continuer la politique par des négociations. Il est immédiatement désigné, au nom d'une conception de la démocratie en fait foncièrement adémocratique, comme un acte pénalement sanctionnable, c'est-à-dire non reconnu comme participant, malgré tout, de l'ordre démocratique !

Il est en effet hautement révélateur que, sans attendre que soient prononcées des condamnations, en elles-mêmes illégitimes au regard de la démocratie conçue comme pouvoir du peuple, des élu-es soient embastillé-es des suites d'une décision   portée par ce qui est littéralement une chaîne de commandement politico-judiciairo-policier(-potentiellement militaire) activée depuis un hypercentre opérationnel. La démocratie de la séparation des pouvoirs, chère à Montesquieu, si souvent invoquée, à tort et à travers, par les libéraux en Europe, n'a pas (n'a plus ?) de mots qui la disent en espagnol, mais, comme nous allons le voir, cela remonte à plus loin qu'on ne le croit parfois...

La crise économique et sociale de 2008 impactant aussi le terrain politique (explosion indignée de 2011), a privé le régime établi en 1978 du consensus qui le fondait en légitimité. Une légitimité de circonstance, car il s'agissait d'un consensus forcé par le choix, opéré par le système en place, soit une dictature maîtrisant sa mutation politique, que certaines de ses composantes franquistes pilotent, en jouant du chantage au coup d'Etat d'une armée dictatoriale conservée intacte, l'avènement d'une démocratie immédiatement lestée d'une loi d'amnistie de tous les responsables, politiques, policiers et militaires, d'avoir imposé 40 ans (sans compter les années de Guerre Civile) d'atteintes aux libertés, d'assassinats, de tortures et d'emprisonnements. Comment oublier en ces jours de putsch contre la Catalogne indépendante que, grâce, entre autres, à ceux et celles qui gouvernent aujourd'hui l'Etat espagnol en lâchant la meute contre la Généralité catalane, l'impunité des franquistes est toujours là tout comme le refus d'annuler les condamnations promulguées par les franquistes (la Catalogne étant la seule à avoir procédé à cette annulation. Lire ici !) ? Si l'on ajoute que, comme l'a révélé l'article 155, la Constitution démocratique conserve, en son sein, des "pépites" politiques de la dictature, ce qu'illustre magistralement le fait qu'un tribunal comme l'Audiencia Nacional, instruisant le procès actuel des membres du Govern, soit l'héritier direct du Tribunal d'Ordre Politique de ladite dictature (1), il devrait être ou, enfin, devenir évident qu'il n'est pas déplacé ou même qu'il est du devoir de souligner, qu'à travers le traitement infligé au mouvement national catalan, ce sont les limites "franquistes" de la démocratie espagnole qui enfin apparaissent au grand jour !

Mais loin que ces résidus structurels du franquisme charriés par l'Etat espagnol dessinent une spécificité ibérique "regrettable", il nous faut lire ce que le soutien unanime de l'Europe à Mariano Rajoy dit de l'état politique de celle-ci : le franquisme résiduel, mais si violemment efficient, comme nous le voyons en ce moment, contre les aspirations d'un peuple à s'autodéterminer, n'est, au fond, que l'expression la plus achevée de ce que tendanciellement ladite Europe s'échine à construire comme démocratie autoritaire : une démocratie se donnant à voir fière de sa matrice élective mais pour autant que les peuples continuent à s'inscrire dans les balises du respect du système capitaliste en vigueur. A défaut de quoi, c'est la matrice policière, toujours plus développée et sophistiquée, comme on le voit à l'oeuvre à travers le renforcement des législations antiterroristes où la France est en pointe, qui primera sur ce qu'on appelle désormais trop hâtivement les fondements intrinsèquement libéraux de la démocratie européenne. 

De ce point de vue l'"Espagne" de Rajoy est très clairement le laboratoire où s'expérimentent les politiques policières de toute l'Europe. Et les prisons, dans lesquelles sont reclus-es, depuis aujourd'hui, des représentant-es élu-es, du peuple catalan, sont la métaphore grimaçante de la menace que fait peser une conception ultrapolicière de la démocratie sur l'ensemble des populations de l'Union Européenne (et évidemment de celles qui, migrantes, s'avisent de venir y chercher une hospitalité, au demeurant largement illusoire, d'autres temps) !

Nous avons par là, quoi que l'on pense de l'indépendance de leur nation qu'ils/elles ont proclamé, toutes les raisons d'envisager que réclamer la liberté des prisonnièr-es politiques catalan-es a profondément à voir avec la défense, ici et maintenant, hors de l'Etat espagnol aussi, de nos libertés, de l'ensemble de nos droits démocratiques, mais aussi sociaux, déjà bien mis à mal mais qu'une extension, à l'échelle du continent, du "modèle espagnol" de répression anticatalane, actuellement intégralement appuyé par l'UE, mènerait à une régression infernale ! 

La question catalane doit être considérée comme une question avant tout démocratique d'importance capitale, irréductible au seul processus d'indépendance que certain-es cependant, dont nous sommes, jugent légitime en tant qu'expression du droit d'autodétermination des peuples.

(1) "Sans le Tribunal d'Ordre Public de triste mémoire, l'Audiencia Nacional n'existerait pas. [...] La Audiencia Nacional est, d'une certaine façon,un prolongement, dans la démocratie, de l'ombre de l'Administration de Justice de la Dictature. Elle est une institution qui devrait disparaître avec la réforme de la Constitution.[…] Il convient qu'on ne perde pas de vue, au moment où nous nous trouvons, à la veille que puisse être activé l'article 155 CE, une telle circonstance. Il y a, dans l'Audiencia Nacional, comme dans aucune autre institution, une fusion de la préconstitutionnalité [le franquisme] et de la constitutionnalité [la démocratie instaurée par référendum constitutionnel en 1978]. C'est l'organe le moins propre de tous ceux qui composent le pouvoir judiciaire, le plus contaminé par l'héritage du général Franco. On ne peut donc pas perdre de vue, particulièrement dans le climat que peut générer l'imposition [par le 155] de la "contrainte fédérale" qu'une certaine préconstitutionnalité puisse finir par se glisser en contrebande dans le fonctionnement de notre démocratie " (Javier Pérez Royo, professeur de droit constitutionnel de l'Université de Séville, 17 octobre, lire ici)

1er novembre

Halloween : Franco, le retour

- Spectre de Franco : Joyeux Halloween
 Farce ou farce ?
- Ah bon, il n'y a pas d'arrangement avec des friandises*

Sur le tapis-paillasson où le dictateur va s'essuyer les pieds : Bienvenu dans la République espagnole plurinationale

*Truco, trato sont des formules par lesquelles les enfants demandent, lors d'Halloween durant leur porte-à-porte, des friandises. En français : « Farce ou friandise ! » ou « Des bonbons ou un sort ! ».

Probable signification : En ce jour d'Halloween, le retour de Franco pour "casser" toute démarche vers une république plurinationale, qui d'emblée se retrouve au tapis-paillasson, se condense dans la formule enfantine traditionnelle, mais rendue incongrue, par laquelle il s'adresse à son interlocuteur : farce ou farce, c'est-à-dire un choix qui n'en est pas un, la farce étant la monarchie. La personne qui ouvre la porte demande s'il n'y a pas un arrangement possible (un trato) pour qu'il y ait un vrai choix entre deux options, en l'occurrence monarchie ou république plurinationale.

31 octobre


Au sommaire de ce jour

Entre recul et désorientation, garder la confiance dans l'esprit de lutte...
  • . Catalogne : une situation politique complexe et instable
  • Des signes clairs de recul et de désorientation
  • Conférence de presse de Carles Puigdemont
  • Communiqué de la CUP 

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Après la déclaration de la République catalane 

Des signes clairs de recul et de désorientation

30/10/2017 | Marti Caussa 

 Le Parlement catalan a proclamé la République le vendredi 27 octobre et le Sénat (espagnol) a actionné l'article 155 qui a suspendu l'Autonomie de la Catalogne. Si le Govern avait voulu défendre la République, il aurait dû démontrer qu'il voulait gouverner (par exemple, en lançant le processus constituant) et appeler à la mobilisation populaire. Mais il n'a fait ni l'un ni l'autre. Ceux qui, en revanche, ont rempli leur tâche ce sont, d'une part, Rajoy (en destituant le Président catalan, le Govern et en convoquant des élections en décembre) et, d'autre part, les partisans du 155, qui ont réalisé une grande manifestation ce dimanche à Barcelone.

Pour savoir où nous en sommes, il convient de revenir sur les faits dont nous avons connaissance :

1/ Ce même vendredi 27 octobre, le directeur général des Mossos (la police catalane), Pere Soler, a accepté sa destitution. Peu après, le "major" Trapero a fait de même.

2/ Samedi, selon La Vanguardia, des représentants du PDeCAT, d'ERC, de l'ANC et de l'Òmnium se sont retrouvés dans l'Empordà (région catalane à la frontière avec la France) mais aucune initiative n'est sortie de la réunion.

3/ Dimanche on aurait dit que tout le monde faisait la fête.

4/ Aujourd'hui, lundi, était un jour clé pour savoir quelle orientation prenaient le Govern et le Parlament (Parlement catalan). Les informations que nous avons sont décevantes : les "conseillers" (ministres du Govern), à l'exception de Rull, ne se sont pas rendus dans leurs bureaux; le représentant de la Généralité auprès de l'Union Européenne a accepté sa destitution; la présidente du Parlament, Carme Forcadell, a accepté que cette instance soit dissoute et a mis en route la Commission Permanente (1) jusqu'aux élections de décembre; Carles Puigdemont et quelques "conseillers" se trouvent à Bruxelles et la rumeur court qu'ils vont demander l'asile politique; un tweet du chanteur (et député) Lluis Llach le donne pour acquis. 

5/ Ni le Govern, ni le Parlament n'ont fait aucun appel à la mobilisation, qui est pourtant l'arme la plus puissante à leur disposition pour défendre la République et faire face au 155. Et tous les partis partisans de la souveraineté catalane semblent considérer prioritaire de discuter sur ce qu'il faut faire aux élections de décembre.

Tous ces points semblent être des signes clairs de recul et de désorientation ; mais demain Puigdemont a annoncé une intervention et nous devons attendre ce qu'il dira pour avoir une idée plus précise de la situation.

S'il se confirme que nous n'avons ni Parlament, ni Govern en Catalogne même, il sera très difficile de défendre la République Catalane, mais je crois que le mouvement sera suffisamment fort pour faire reculer la mise sous tutelle et la recentralisation qu'induit le 155, y compris dans ces conditions défavorables. On verra bien dans le cours de la lutte qui mérite d'être notre représentant et qui ne le mérite pas.

30/10/2007

Traduction Antoine Rabadan 

Marti Caussa fait partie de la rédaction du site et de celle de la revue viento sur

(1) Note du traducteur : "diputación permanente" qui expédie les affaires courantes et "représente" symboliquement les pouvoirs d'un Parlament qui, pour une raison ou une autre, ne se réunit pas...ou plus. 

Le texte en espagnol sur le site de Viento Sur

 Le plan

- Ce n'est pas si compliqué : le plan A c'était la proclamation de la République...
Et le plan B c'était de la déclarer et de la suspendre...
Comme ça on les force à utiliser le 155 (plan C)...
Et alors on peut proclamer la République (plan D) ! ...
Mais pas complètement (plan E) !...
On respecte la décision de Madrid et hop i On va aux élections, plan F !...
Et, par surprise, plan G : le Govern se met en sécurité. Tu ne le vois pas ? Nous sommes toujours plus près...

- ... de l'indépendance ou du Z ?

 Conférence de presse de Carles Puigdemont à Bruxelles,
le 31 octobre 2017-10-31


Extraits, tels que publiés en catalan sur le site Vilaweb (https://www.vilaweb.cat/noticies/pendents-de-la-compareixenca-de-puigdemont-a-brusselles/), avec traduction en français (par Pierre G de Toulouse) minute après minute .

12.55 – Comença la compareixença del president de la República, Carles Puigdemont, a Brussel·les. Afirma que divendres al vespre va constatar que hi havia una ofensiva brutal del govern espanyol en contra de les institucions catalanes i tots els seus funcionaris. En aquell moment, assegura que el govern va optar per la prudència i la moderació per tal d’evitar la violència. ‘La pau i el diàleg sempre han estat les prioritats del poble de Catalunya i el govern’, ha afiramt. Puigdemont reitera que sempre ha estat obert al diàleg i recorda que va suspendre la declaració d’independència per tal d’afavorir el clima de diàleg. Tanmateix, això va topar amb l’agressivitat del govern espanyol, el PP i Ciutadans.
La conférence de presse du président de la République, Carles Puigdemont, commence à Bruxelles. Il affirme que le vendredi soir [27 octobre], il a constaté qu'il y avait une offensive brutale du gouvernement espagnol contre les institutions catalanes et tous ses fonctionnaires. À ce moment-là, il s’est assuré que son gouvernement optait pour la prudence et la modération afin d'éviter la violence. « La paix et le dialogue ont toujours été les priorités du peuple catalan et du gouvernement », a-t-il déclaré. Puigdemont réitère qu'il a toujours été ouvert au dialogue et rappelle qu'il a suspendu la déclaration d'indépendance [le 10 octobre] afin de favoriser le climat de dialogue. Cependant, cela est arrivé avec l'agressivité du gouvernement espagnol, le PP et Ciutadans. 

13.00 – Puigdemont afirma que el govern podia haver disputat l’hegemonia política i territorial al govern espanyol, però ha dit que la Generalitat mai optarà per la violència. ‘No ens deixarem arrossegar per un escenari violent on ens vol portar l’estat’, assegura. En aquest sentit, assegura que la República és una oportunitat per a fer un estat diferent que no tingui cap semblança amb l’autoritarisme de l’estat espanyol. ‘Nosaltres no farem seguidisme de la bel·ligerància de l’estat espanyol’, ha afegit.

Puigdemont affirme que son gouvernement aurait pu contester l'hégémonie politique et territoriale du gouvernement espagnol, mais a décidé que la Generalitat n'opterait jamais pour la violence. « Nous ne nous laisserons pas entraîner dans un scénario violent où veut nous entraîner l'Etat [espagnol] », dit-il. En ce sens, il assure que la République est l'occasion de faire un Etat différent qui n'a aucune similitude avec l'autoritarisme de l'Espagne. « Nous ne suivrons pas le bellicisme de l'Etat espagnol », a-t-il ajouté

13.03 – Puigdemont assegura que el govern de la República ha adoptat un pla de treball que consta de quatre punts. En primer lloc, una part del govern s’ha desplaçat a Brussel·les per internacionalitzar el cas català i per a denunciar la politització de la justícia espanyola. En segon lloc, part del govern, encapçalada pel vice-president Junqueras, continuarà tirant endavant la funció política de l’executiu des de Barcelona malgrat les traves de l’estat espanyol. ‘No defugirem la justícia’, ha dit. En tercer lloc, fa una crida a la ciutadania que no permeti la demolició de les institucions republicanes. I, en quart lloc, afirma que les eleccions imposades pel govern espanyol són una oportunitat per a ratificar la República. ‘Estem disposats a acceptar i respectar el resultat electoral. L’estat, en cas de majoria independentista, respectarà el resultat? Vull un compromís clar’, ha dit.

Puigdemont assure que le gouvernement de la République [catalane] a adopté un plan de travail qui comporte quatre points.
1. Une partie du gouvernement s'est déplacée à Bruxelles pour internationaliser le cas catalan et dénoncer la politisation de la justice espagnole.
2. Une partie du gouvernement, dirigé par le vice-président Junqueras, continuera à remplir la fonction politique de l'exécutif à Barcelone malgré les obstacles de l'Espagne. « Nous ne fuierons pas la justice », a-t-il dit.
3. Il appelle les citoyens à ne pas permettre le démantèlement des institutions républicaines.
4. Il affirme que les élections imposées par le gouvernement espagnol sont l'occasion de ratifier la République. « Nous sommes prêts à accepter et à respecter les résultats électoraux. L'Etat [espagnol], dans le cas d'une majorité séparatiste, respectera-t-il le résultat ? Je veux un engagement clair », a-t-il déclaré.

13.08 – El president de la República acaba la seva intervenció amb dues reflexions. Demana a la comunitat internacional que s’involucri en el cas català, perquè és una lluita en defensa dels valors democràtics i fundacionals de la UE. ‘Demano a Europa que reaccioni. Com es pot permetre que el govern espanyol no dialogui?’, ha dit. I acaba: ‘Treballem perquè sigui impossible perquè el PP, PSOE i Ciutadans acabin amb les institucions catalanes. Lluitem amb tota la creativitat possible. En el territori de la democràcia és on som forts. Quan ens hem enfrontat en aquest territori sempre hem guanyat.’

Le président de la République termine son discours par deux réflexions. Il demande à la communauté internationale de s'impliquer dans le cas catalan, car c'est une lutte pour la défense des valeurs démocratiques et fondamentales de l'UE. « Je demande à l'Europe de réagir. Comment est-il possible que le gouvernement espagnol ne permette pas le dialogue ? », a-t-il dit. Et pour finir : « Nous travaillons pour qu’il soit impossible au PP, au PSOE et à Ciutadans d’en finir avec les institutions catalanes. Nous nous battons avec toute la créativité possible. Sur le terrain de la démocratie où nous sommes forts. Quand nous avons fait face sur ce terrain, nous avons toujours gagné. » 

13.11 – En el torn de preguntes, Puigdemont explica que no és a Bèlgica per a demanar asil. ‘Sóc aquí per actuar amb llibertat’, afirma. El president explica que el govern espanyol té ganes de venjança i que mentre hi hagi un context d’amenaça, ell continuarà a Brussel·les. ‘No volem escapar de les nostres responsabilitats davant de la justícia, però volem garanties jurídiques’, afirma. Puigdemont assegura que l’executiu ha de continuar treballant com el govern legítim i per això necessita fer-ho amb total llibertat.

Répondant aux questions des journalistes, Puigdemont explique qu'il n'est pas en Belgique pour demander l'asile. « Je suis ici pour agir librement », dit-il. Le président explique que le gouvernement espagnol veut se venger et que s'il y a un contexte de menace, il continuera à Bruxelles. « Nous ne voulons pas échapper à nos responsabilités face à la justice, mais nous voulons des garanties légales », dit-il. Puigdemont assure que l'exécutif doit continuer à travailler en tant que gouvernement légitime et pour cette raison, il doit le faire en toute liberté.

13.15 – ‘No he vingut a Bèlgica, he vingut a Brussel·les, la capital d’Europa’, afirma Puigdemont. 

« Je ne suis pas venu en Belgique, je suis venu à Bruxelles, la capitale de l'Europe », dit Puigdemont

 13.16 – El president explica que arran del cop d’estat ha perdut protecció i necessita un entorn segur on continuar treballant. ‘Els membres del govern català han quedat sense protecció policíaca’, diu.

Le président explique qu'après le coup d'État, il a perdu sa protection et a besoin d'un environnement sûr pour continuer à travailler. « Les membres du gouvernement catalan sont sans protection policière », dit-il.

13.18 - ‘No vull exposar els meus conciutadans a una altra onada de violència. No sé quant de temps estaré a Brussel·les, dependrà de la reacció de l’estat’, declara Puigdemont. 

« Je ne veux pas exposer mes concitoyens à une autre vague de violence. Je ne sais pas combien de temps je serai à Bruxelles, cela dépendra de la réaction de l'Etat [espagnol] », explique Puigdemont.

 El president Puigdemont fa una crida des de Brussel·les a utilizar el 21-D per consolidar la República i combatre el 155

Communiqué de la CUP après le discours bruxellois de Carles Puigdemont


«La CUP-CC davant la compareixença a Brussel·les del President de la República, Carles Puigdemont, vol manifestar:
1 – Entenem que la compareixença i el contingut d’aquesta, són en si mateixos, un acte de dignitat.
2 – Insistim en que la millor acció per consolidar la República és començar a fer acció de govern en clau republicana, cosa que vol dir aprovar els primers decrets republicans i declarar l’inici i l’obertura del procés constituent.
3 – Compartim la denúncia de l’actuació antidemocràtica i parcial de l’Administració de justícia espanyola i de la impunitat amb que actua l’extrema dreta espanyolista.
4 – Compartim la crida a resistir contra l’intent d’imposició de mesures antidemocràtiques a través de l’article 155 de la Constitució espanyola.
5 – També volem denunciar que el que ha passat des de la proclamació el passat divendres 27 d’octubre, fins avui, demostra que, durant aquests dos darrers anys, no s’ha fet la feina en la creació i consolidació d’estructures d’Estat. També resulta evident que hi ha hagut un excés d’improvisació en algunes actuacions dels darrers mesos.
D’Altra banda, des de la CUP-CC volem mostrar la nostra solidaritat amb la presidenta del Parlament i els membres de la Mesa del Parlament davant la citació per anar a declarar davant el Tribunal Suprem espanyol, acusats de rebel·lió, sedició i malversació, una nova actuació de revenja política per part de la Fiscalia espanyola.»

« La CUP-CC, au sortir de la conférence de presse à Bruxelles du président de la République, Carles Puigdemont, veut affirmer :
1 – Nous estimons que la conférence de presse et son contenu sont, en soi, un acte de dignité.
2 – Nous insistons sur le fait que la meilleure action pour consolider la République est de commencer à faire acte de gouvernement sur une base républicaine, ce qui signifie adopter les premiers décrets et déclarer le début et l'ouverture du processus constituant.
3 – Nous partageons la dénonciation de l'action antidémocratique et partiale des autorités judiciaires espagnoles et l'impunité dont jouit l'extrême droite espagnoliste.
4 – Nous partageons l'appel à résister à la tentative d'imposer des mesures antidémocratiques à travers l'article 155 de la Constitution espagnole.
5 – Nous voulons aussi dénoncer ce qui s’est passé depuis la proclamation [de l’indépendance] le vendredi 27 octobre jusqu'à aujourd'hui, qui démontre qu'au cours des deux dernières années, il n’y a pas eu de travail dans la création et la consolidation des structures d’Etat. Il est également clair qu'il y a eu un excès d'improvisation dans certaines actions au cours des derniers mois.
D’autre part, la CUP-CC veut montrer sa solidarité avec la président du Parlement et les membres de son Bureau face à la citation à comparaître devant le Tribunal suprême espagnol, sous l’accusation de rébellion, de sédition et détournement de fonds, un nouvel acte de vengeance politique de la part de la Procurature espagnole. » Traduction Pierre  G (Toulouse)
30 octobre

C'est fait la République Catalane s'exile en Belgique !

Catalogne triomphante

- Puigdemont : Ah, ah, ah ! Prends ça dans la gueule, Mariano !
Cataloooogne triomphaaaaante !

- Quelqu'un devrait lui dire qu'une entrée dans Wikipedia ça ne compte pas comme une reconnaissance internationale.

La Viquipèdia: 600.000 artículos en catalán con tecnología 'wiki'

Du Le Pen dans le text... le crachoir...

Espagne, Une, Grande, Libre...soit l'une des devises du franquisme... Logique, moins logique chez ceux et celles qui, se réclamant de la démocratie, se retrouvent de ce côté-là de la barrière et, au fond, sans savoir que c'est du franquisme (mais à qui la faute ?), reprennent bovinement cette trilogie réactualisée par un Rajoy se ressourçant aux coordonnées franquistes-postfranquistes de son parti dit Populaire comme Libre était l'Espagne sous Franco !

Et pour faire bonne mesure...

 Problème, c'est, à peu de choses près, ce qu'a dit Mélenchon dans sa première réaction vidéo aux événements (il a ensuite essayé de faire retirer, mais en vain, ladite vidéo, la voir ci-dessous*)... : "si c'est ça, il n'y a plus aucun Etat en Europe". Oui, la Catalogne provoque de bien curieux réalignements et rapprochements...Insoumis-es, c'est votre problème...mais aussi au-delà de vous...Alors ce serait bien que vous activiez la conjugaison : je m'insoumets, tu t'insoumets... Histoire, même si vous ne vous bougez pas en faveur de la République catalane (non mais, vous vous rendez compte, républicain-es insoumis-es, une République ?), histoire donc de retrouver certaines démarcations essentielles pour mener le combat populaire dont vous (et nous avec) vous réclamez !

Ecouter à partir de 00.24. Cliquer ici

* Ce que nous avons écrit ici, sur la convergence de Mélenchon avec Le Pen (mais c'est aussi avec Macron et les dirigeants de l'UE) sur leur défense de l'unité territoriale de l'Etat espagnol contre le mouvement national catalan, a fortement indisposé ceux et celles des Insoumis-es qui n'aiment pas que l'on relève l'inadmissible chez leur chef. Mais ils/elles ont préféré, en général, attaquer ce qu'écrit ici le NPA 34 par, si l'on peut dire, le petit bout de la lorgnette, à savoir le fait que, contrairement à ce que nous avons écrit, la vidéo ci-dessus n'a pas été retirée d'internet, la preuve par un lien du site de la France Insoumise que nous nous faisons un plaisir de reproduire ici. Il se trouve que l'existence ce ce lien n'enlève rien au fait que, longtemps le lien original dont nous disposions indiquait que "le document avait été retiré" ! Nombreux-ses étaient ceux et celles qui sur les réseaux sociaux demandaient comment accéder de nouveau à ladite vidéo, jusqu'au moment où a été trouvée celle des amis d'Asselineau. Le plus probable est que, devant l'échec avéré de la manoeuvre visant à retirer l'objet du délit, il a été jugé préférable en Mélenchonie de le remettre dans le circuit. Mais le fond de l'affaire est que cette petite polémique sur l'accès à la vidéo n'a qu'un but : éviter de parler de son contenu. Eh bien c'est toujours raté car ce qui se passe en Catalogne et ce qu'en a dit Mélenchon sont le vrai problème. Et nous maintenons l'essentiel de ce que nous avons écrit car les faits (et les vidéos) ne se réfutent pas à la légère !

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 Un oiseau, aux couleurs de la République catalane, a pris son envol... vers l'exil !


Carles Puigdemont et une partie du Govern se réfugient en Belgique


Cela se tramait depuis quelques jours à coups de scoops aussitôt démentis par la Belgique mais les faits sont là : au moment où le gouvernement de Madrid, par la voix de son zélé serviteur, le Procureur Général de l'Etat, déposait sa plainte devant les tribunaux à l'encontre des autorités de la République catalane, Carles Puigdemont et des membres de son Govern sont arrivés en Belgique avec l'idée d'y demander l'asile politique. Lire ici et ici : Puigdemont engage l'avocat qui a défendu les militant-es de l'ETA pour probablement déposer sa demande d'asile en Belgique. La gifle est rude pour Rajoy et sa bande : si les instances de l'UE ont fait bloc jusqu'ici autour d'eux contre le mouvement national catalan, il reste que la Belgique est l'un des Etats d'Europe parmi les plus sourcilleux en matière de demandes d'extradition auxquelles ne manqueront pas de procéder les sus-dits. Des requêtes en garanties assez strictes sur les droits de la défense, sur lesquelles l'Etat espagnol n'est pour le moins pas à l'aise, sont exigées par elle en cas limite d'acceptation d'une extradition. L'Etat espagnol avait eu à essuyer, de la part des Belges, des refus d'extradition, dans le passé, concernant des membres de l'ETA ! C'est dire ! Espérons tout de même que le gouvernement belge restera sur cette ligne exigeante et saura résister à ses congénères qu'on imagine furibards du tour qui leur a été joué.

La chose devient d'autant plus compliquée pour le gouvernement espagnol que cette décision de Puigdemont et de ses proches politiques vise à internationaliser la question catalane et ainsi à faire sortir  les gouvernements membres de l'UE et les autorités de celle-ci, du confort de soutenir l'insoutenable en arguant paradoxalement que ce n'était qu'une affaire intérieure. Désormais l'intérieur est à l'extérieur et il va falloir jouer plus cartes sur table ! Pas évident que les hiérarques de l'Europe aient besoin, en ce moment, d'avoir cette épine catalane plantée dans leur pied... Et pour Rajoy, il y a, exposé au monde entier, que la monarchie espagnole a provoqué l'exil d'une République, comme, en son temps, la dictature franquiste avait obligé à l'exil la République ! Il y a de ces symboles dont nos gouvernements si démocratiques auraient aimé se passer : pensez donc, et si, avec cette actualisation d'un passé qui n'est jamais vraiment passé, on se mettait à fouiller dans le comment et le pourquoi d'une démocratie qui a tant joué de la transition avec la dictature et dont on ne voulait pas voir, en Europe et, pour partie, en Espagne, qu'elle essayait d'étouffer la portée malencontreuse d'une loi de la Mémoire historique, au demeurant assez limitée mais qui mettait le doigt là où cela fait mal, le non-dit du compromis, à valeur de compromission, par lequel droite et gauche ont laissé se reconvertir des franquistes en démocrates ? Et dont on voit aujourd'hui les conséquences que cela a quand l'échafaudage des consensus établis alors se fissurent et qu'il faut ressortir les matraques et les toges des juges aux ordres comme au bon vieux temps. Avec le Roi, en plus jeune mais déjà si vieux, qui chapeaute l'édifice du régime !

Si on ajoute la feuilletonesque diversion par laquelle,  Carles Puigdemont a fait croire qu'il était dans son bureau de la Généralité, via une photo supposément prise depuis la fenêtre dudit bureau et dont on admirera le superbe pied de nez qu'elle envoie à la police espagnole et à Rajoy, on peut dire que ceux-ci, tout à leur volonté d'humilier leurs adversaires, viennent de se prendre un cruel et douloureux retour de boomerang ! Pas de quoi tomber en pâmoison mais la situation de l'indépendantisme républicain catalan commençait à manquer sérieusement de gratifications. Cela dit, les choses sérieuses, qui ont nom résistance, sont devant lui, devant nous ! Et pensons à ceux et celles qui ne sont pas parti-es en Belgique et qui vont voir le couperet de leur loi illégitime leur tomber dessus ! Et n'oublions pas les deux Jordis toujours embastillés et en attente de lourdes condamnations !

La photo pied-de-nez de Puigdemont


Assez énigmatique, elle était censée, puisque supposément prise depuis son bureau de la Généralité, indiquer que le President était à son travail au Palais de ladite Généralité : on appréciera désormais sa signification adressée à Rajoy et à ses flics, "L'oiseau s'est envolé" ! Et les chasseurs sont..le bec dans l'eau, en quelques sorte les pigeons de l'affaire ! Bien joué l'artiste mais bon...

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Humour de mon camarade Miguel depuis Valencia

Ultima hora: Las empresas se marchan de Belgica!

Dernière minute : les entreprises quittent la Belgique !

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En espagnol : Comunicado de Anticapitalistas ante la situación en Catalunya

Catalogne-Etat espagnol. «Nous nous trouvons dans un processus d’émancipation populaire, constituant, pour abattre le régime» (CUP)

 

Une résistance qui se cherche...

Du côté des Comités de Défense du Référendum



A Barcelone, les opposants au «155» imaginent la résistance  (Mediapart) 

[…] Marc Martinez, 43 ans, attend, de l’autre côté de la place, le début de l’assemblée. « Je suis vraiment heureux, vous savez. Ça fait deux nuits que je dors sans roi », lance-t-il dans un sourire. Avec sa grande tignasse grisonnante, ce boulanger, né à Gràcia il y a 43 ans, qui se définit comme « d’abord catalan, ensuite de gauche », s’apprête à participer au « CDR » de son quartier. Un « comité de défense du référendum », comme il s’en est créé des dizaines dans toute la Catalogne depuis septembre. Il y en aurait quelque 130 aujourd'hui en fonctionnement.

Pour Marc, qui n’est membre d’aucun parti ou syndicat, le déclic remonte au référendum du 1er octobre. Avec d’autres habitants du coin, il a dormi, les deux nuits précédant le scrutin, dans une salle de classe qui devait servir de bureau de vote. Il voulait s’assurer que l’espace ne serait pas réquisitionné par les forces de police. C’est là, durant cette occupation, qu’il a fait connaissance avec les gens du CDR. Depuis, il est resté, pour « être utile ». Le collectif est en pleine croissance. Les profils de ses participants semblent se diversifier.  

 Ils sont environ 150 à s’être massés, en cercle, dimanche 29 octobre aux alentours de 18 heures. L’ampli est ouvert, le micro circule. La mise en scène rappelle les assemblées spontanées du 15-M, le mouvement « indigné » de 2011. Beaucoup d'étudiants sont présents. La réunion débute par une salve d’applaudissements, pour saluer ce qu’une femme d’une vingtaine d’années, blouson en cuir et sac à dos noir, nomme « la naissance de la république ». Dans les CDR, on parle moins d’« indépendance », et davantage de « république », ou encore de « processus constituant » : il s’agit d’être moins clivant, pour séduire une partie de la gauche catalane non indépendantiste, notamment celle qui a voté pour l’actuelle maire de Barcelone, Ada Colau. C'est cet électorat qui manque sans doute aux indépendantistes pour obtenir une majorité absolue incontestable dans les urnes...  

À Gràcia, comme dans tous les CDR qui se sont tenus depuis quarante-huit heures, une même interrogation accapare les énergies : comment résister à l’application de l’article 155, qui a placé, depuis vendredi soir, la Catalogne sous la tutelle de Madrid ? Faut-il désobéir ? Comment s’y prendre, et à quel prix? Le sujet est particulièrement délicat pour les quelque 220 000 fonctionnaires catalans, qui risquent des sanctions s’ils n’obéissent pas aux consignes directes de Madrid. « Depuis les CDR, comme d’autres espaces de lutte, nous voulons rendre impossible l’application du 155. Nous avons deux mois pour y parvenir, d’ici aux élections », juge Oscar Simon, du Comité de défense du référendum du quartier populaire de Sants, et membre du secrétariat général de la CUP, un parti anticapitaliste et indépendantiste.« Je suis pour l’insoumission fiscale. Plus question de donner de l’argent à l’État espagnol. Et pour l’insoumission depuis la rue, bien sûr, dès qu’il se passe quelque chose de grave », assure Marc Martinez. Lui dit se tenir prêt, en cas d’arrestation – probable – de Carles Puigdemont, l’ex-président de la Catalogne, destitué vendredi. À Gràcia, le refus de verser ses futurs impôts à l'État espagnol semble faire consensus au sein de l’assemblée. Le principe d'une « caisse financière de résistance », alimentée par les membres de cette assemblée pour anticiper les coups durs qui s'annoncent à l'horizon, a également été adopté, à l'unanimité.   

Des liens avec le mouvement indigné de 2011? 

D’autres comités ont formulé d’autres pistes. De l'extérieur, l’impression générale reste celle d’une grande improvisation, tant la situation politique est incertaine et tendue. Personne ne sait vraiment comment Madrid va appliquer le 155 : comment, dès lors, s’y opposer avec pertinence? Dans le quartier de Poble-sec (sur le district de Montjuic), la réunion à laquelle Mediapart a assisté, samedi après-midi, n’a pas débouché sur grand-chose de concret.   

La soixantaine de voisins présents a décidé de défendre la « non-coopération » avec les institutions, préférée au concept de « résistance passive », qu’ils ont jugée trop risquée, d’un point de vue judiciaire. « Tu dis que tu avais mal à la tête, que tu n’as pas pu faire ce qu’ils te demandaient, que tu es désolé », résume un trentenaire, habillé en short malgré la saison. Présente dans l’assemblée, une journaliste de TV3, cette chaîne de télé publique catalane, accusée par Madrid d’être aux ordres des indépendantistes, a plaidé dans ce sens : elle a dévoilé ses techniques pour ne pas se laisser impressionner par les injonctions de Madrid. 

Comme tout objet politique nouveau, et encore plus dans un moment aussi vertigineux, les CDR font l’objet d’intenses débats, du côté de la société civile catalane. Certains n’y voient qu’un instrument de la CUP, ce parti anticapitaliste, pour rallier une partie de la gauche catalane à l’indépendance. Oscar Simon, membre de la direction de la CUP, réfute en bloc cette théorie : « Les CDR sont un nouvel outil de contre-pouvoir social. Des voisins se rassemblent pour décider de ce qu’ils veulent faire et construire. Point. »    

D’autres, plus enthousiastes, font de ces comités de quartier le nouvel héritier catalan du mouvement indigné de 2011. En raison de leur forme – des assemblées horizontales, organisées par commissions thématiques et ouvertes à tous – mais aussi de leur composition, plus métissée qu’il n’y paraît. On y trouve des indépendantistes, mais aussi des citoyens qui, sans l’être, sont convaincus que les Catalans ont le droit de voter sur l’avenir de la Catalogne. Alors que la crise catalane ne cesse de cliver le débat entre « pro-indepe » et « anti-indepe », certains CDR sont en train de devenir l’un des seuls espaces transversaux, où des citoyens qui ne sont pas tous d’accord sur l’indépendance parviennent encore à se parler. Loin des mastodontes pro-indépendance que sont l'Assemblée nationale catalane (ANC) et Òmnium, deux associations de la société civile qui crispent beaucoup à gauche.



C’est le point de vue, par exemple, de Marc Casanovas, professeur de philosophie en lycée, et porte-parole d’un syndicat alternatif, IAC, très implanté dans les mouvements sociaux catalans : « Il y a une logique d’agglutination à l’œuvre dans les CDR. Les gens sont d’abord venus pour défendre le droit à voter. Ensuite, pour s’opposer aux violences policières de la journée du 1er octobre. Et l’on a vu des gens des mouvements sociaux, de la plate-forme des victimes d’expulsions immobilières, qui sont passés par le mouvement indigné, et qui rejoignent maintenant les CDR », se félicite-t-il. Cette dynamique s'observe, par exemple, au CDR de Poble- sec, où plusieurs des participants animent un groupe de soutien aux victimes d’expulsions immobilières, depuis leur coopérative sociale, baptisée La Base, qu’ils ont créée dans la foulée du mouvement indigné de 2011. « Nous, on travaille en priorité à bloquer des expulsions dans le quartier. Mais l’on a rejoint ce collectif depuis un mois et demi. Avant, l’indépendance, ça ne nous intéressait pas. Les drapeaux, espagnols ou catalans, je m'en fous. Je me considère tout de même comme catalan, et je suis conscient des formes d’oppression qui existent, y compris à l'échelle nationale, à travers Madrid », explique l'un des membres de ce collectif, qui préfère garder l'anonymat, inquiet de la détérioration du climat politique. 



Les forces indépendantistes de gauche vont-elles enfin réussir à capter, en Catalogne, les mouvements sociaux issus de l’indignation ? C’est tout le pari tenté par les CDR. D’autres collectifs s'y sont déjà risqués par le passé, sans succès (voir par exemple l'expérience avortée du mouvement Proces constituent, animé par la religieuse Teresa Forcades, au début des années 2010, et concurrencé par la montée en puissance d'Ada Colau). 



Tout à la fois indépendantiste et anticapitaliste, le professeur de sociologie Josep Maria Antentas, qui suit de près ces mutations (et écrit régulièrement dans les revues Viento Sur et Contretemps sur ces sujets), reste sceptique. D’après lui, les CDR sont en grande partie responsables de la tenue – et du succès relatif – du référendum du 1er octobre : « Les CDR ont débordé le gouvernement catalan, en permettant au référendum d’avoir lieu, ce que le gouvernement de Puigdemont n'avait pas du tout anticipé », assure Antentas à Mediapart. Mais ils semblent aujourd'hui plongés dans le brouillard, poursuit l'universitaire. Alors que l'exécutif catalan, destitué, est aux abonnés absents, les CDR errent en quête d’une feuille de route. Ils pourraient bien, quoi qu'il en soit, jouer un rôle de premier plan dans les tout prochains jours, si Madrid décide, à partir de lundi, d'utiliser la force pour appliquer ce fameux article 155.   



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Illustration par NPA 34

29 octobre

Rajoy avance ses pions ! 

Honorable* Soraya

- Mariano Rajoy : Et tu retiens, Soraya, tu prends la place de Puigdemont mais tu y vas en Mon nom ! Autrement dit, surtout, pas de conneries !
- Soraya Sáenz de Santamaría (vice-présidente du gouvernement central et représentant  de celui-ci à la tête de la Généralité) : Putain...putain, il n'y a pas deux minutes que je suis à la Généralité et voilà ceux de Madrid qui me cassent les couilles! Cliquer ici

* Honorable est le terme respectueux par lequel on s'adresse officiellement au Président de la Généralité.

Les opposants à l'indépendance ont repris les rues de Barcelone

Ce n'est pas la victoire inattendue  des footballeurs de Girona (ville dont le maire était Carles Puigdemont, avant qu'il ne devienne President) sur le Real Madrid au moment où 350 000 (plus d'un million selon les organisateurs) manifestant-es défilaient dans la capitale catalane en faveur du maintien de l'intégrité territoriale de "l'Espagne", qui changera le sens politique qu'aura pris cette journée.

C'est un nouveau succès pour l'organisation Societat Civil Catalana (SCC) qui, avec la présence d'une l'extrême droite provoquant quelques affrontements avec les Mossos  de faction devant le Palais de la Généralité, avait reçu l'appui du PP, de Ciudadanos et du PSC. Tout ce beau monde des institutionnels avait pris la tête du défilé avec à ses côtés la représentante du gouvernement central, la ministre de la Santé. Leur slogan “Tots som Catalunya”, Nous sommes tous la Catalogne, résume bien ce pourquoi ils ont mobilisé.

Il n'est pas inutile de préciser que le président de SCC, qui se présente comme indépendant politiquement, avait été épinglé lors de sa réception du prix Citoyen Européen de l'Année (2015) du  Parlement Européen, comme admirateur, déclaré sur sa propre page Facebook, du leader fasciste espagnol de Fuerza Nueva (Force Nouvelle) Blas Piñar (mort en 2014). Personnage franquiste auquel il avait rendu hommage en participant au repas célébré en sa mémoire par la... Fondation Francisco Franco en 2013 ! Lire ici Nous avons là une nouvelle manifestation de cette interaction, très Transition des années 70, revitalisée par le cours actuel des événements, qu'entretient la démocratie politicienne espagnole avec ce qu'elle a conservé en héritage du franquisme. 

Très Transition...Sentiment renforcé par la présence nouvelle et fortement applaudie, dans le club restreint des orateurs de ce rassemblement, de Paco Frutos, ex secrétaire général du PCE : ah, il s'en est donné à coeur joie le communiste national-espagnoliste, à fustiger, au nom du refus des nationalismes, grands ou petits (mais pas le plus grand dont l'emblème est le drapeau de la monarchie qu'on lui agitait sous le nez), une gauche qui se soumettrait au catalanisme  présenté comme identitaire, d'exclusion... Avec sa présence aux côtés des autres ex hauts dirigeants, du PS (Josep Borell, ancien ministre et ancien président du parlement européen) et du PP (Josep Piqué, ancien ministre), appelés à galvaniser la foule, c'est bien le pacte "gauche-droite" fondateur de la Transition et de la démocratie médiée par des franquistes reconvertis démocrates, que Frutos a été appelé à opposer aux rebelles catalan-es républicain-es avec le rappel subliminal que la République, avec ce qu'elle pouvait recéler comme possibilité d'autodétermination des peuples, devait toujours être l'Exclue du régime de 78 aujourd'hui très mal en point mais ayant le sursaut violent de la bête blessée ! Bravo, le communiste, tu auras bien mérité de l'Espagne qui fait un putsch politico-policier contre la Generalitat ! Il est cependant juste d'indiquer que le PCE a fait savoir que ce méchant personnage, résidu de son histoire, ne le représentait pas.

Tout ceci, ce remake des années 75-78, ne peut pas faire oublier que le PP et Rajoy ont su reprendre la main en réactivant la peur du sécessionisme pour faire du drapeau monarchique la référence par laquelle le salut prévaudrait : les milliers de participant-es à ce rassemblement ne sauraient pour autant être assimilables aux pantins politiques ayant battu l'estrade aujourd'hui pour appeler la justice à sévir contre les rebelles, agitant les élections du 21 décembre comme le moyen de mettre définitivement en déroute l'hydre séparatiste et donnant carte blanche à Rajoy pour matraquer tout ce qui agite une senyera estelada (drapeau catalan étoilé indépendantiste).

Ce qu'a réussi partiellement l'action de défense du droit de voter au référendum le 1er octobre face aux violences policières, à savoir l'élargissement de la mobilisation nationale aux démocrates non nécessairement indépendantistes, doit de toute urgence être remis sur le tapis de la mobilisation de résistance à venir. Et cette ouverture aux non-indépendantistes (que porte Anticapitalistas-Podemos dans sa déclaration de reconnaissance de la République catalane, lire ici) devrait non seulement intégrer la question démocratique que Rajoy a réussi, depuis le 1er octobre, à retourner et détourner au profit du respect de la légalité antidémocratique en vigueur contre les questions nationales, mais aussi la question des droits sociaux.

Celle-ci est le gros talon d'Achille d'un Rajoy dont personne, y compris parmi celles et ceux qui ont manifesté unioniste aujourd'hui, ne peut oublier longtemps qu'il est l'artisan de l'explosion du chômage (aux indemnités scandaleusement basses) et de la précarité, du maintien à la baisse des salaires, des expulsions de logement, des attaques contre les services publics, contre les droits des femmes, dont celui d'avoir un  travail rémunéré comme celui des hommes, etc.

La revendication sociale est plus que jamais le levier et le bélier permettant à la mobilisation indépendantiste-républicaine catalane d'enfoncer la diabolisation qui est faite d'elle-même par ses ennemi-es. Cette mobilisation a, par ailleurs, tout à gagner à se présenter comme l'artisane de la première épreuve de force pour que tous les peuples de l'Etat espagnol puissent jouir du droit à s'autodéterminer : c'est ce que les Basques ont compris en annonçant tant du côté du PNV (droite nationaliste) que de celui de EH Bildu (gauche abertzale - indépendantiste-) être d'accord pour que la Parlement de la Communauté Autonome du Pays Basque reconnaisse la République catalane ! Lire ici

Comment, au lendemain de cette occupation unioniste de la rue barcelonaise, les partisan-es de la République Catalane, illégalisée dès que née, vont-ils assurer la visibilité de leur stratégie de résistance ? C'est l'inconnu du jour... La semaine à venir devrait commencer à nous éclairer sur le sujet mais elle débutera, ce lundi, par le dépôt de plainte visant le President et le Govern devant l'Audiencia Nacional mais aussi le Tribunal Suprême et celle contre la présidente du Parlament et le bureau dudit parlement catalan devant ce même Tribunal Suprême. C'est dire qu'articulée à ses mobilisations de rue, la stratégie du gouvernement central et de la justice qui lui est inféodée, avec la police qui est en embuscade pour procéder en urgence à l'arrestation des personnalités sus-évoquées, continue sa politique de l'étourdissement des opposant-es par l'avancée du rouleau compresseur répressif et substitutif des pouvoirs locaux visant à obtenir un maillage serré de toute la Catalogne... Le défi se confirme de jour en jour, de plus en plus, de taille pour les démocrates catalan-es !

Le selfie du jour : Miquel Iceta, le socialiste catalan... 


... au coeur de la manif barcelonaise avec, derrière lui prenant le selfie, Xavier García Albiol, le très extrême-droitier dirigeant du Parti populaire de Catalogne, et, à sa gauche, la représentante du gouvernement 155 de Rajoy, la ministre de la Santé, Dolors Montserrat. Cliquer ici


Montpellier Agenda Catalogne


LUNDI 30 Octobre à 18h30 au local du NPA 34 , 32 bis rue du  Faubourg Boutonnet
(Tram L1 arrêt Albert 1er) 


Invitation  à réunion adressée à diverses organisations, partis, syndicats et personnes à titre individuel pour discuter de la situation en Catalogne et
du soutien que nous pouvons apporter à la république catalane. 


A Perpignan déjà en place

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 Une page FB à consulter


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"Que la République soit capable de répondre aux besoins des majorités sociales de Catalogne, ce sera la seule façon d'éviter qu'elle ne soit pas un simple échange au sein des élites."


Maintenant, plus que jamais, il est essentiel que le processus catalan ne soit pas isolé et recherche des alliances et la solidarité avec les mouvements et organisations en dehors de la Catalogne, pour en finir avec le régime de 78,  chercher des synergies contre l'évolution autoritaire du PP et l'ensemble de l'appareil d'État qui se prépare à maintenir en vie le régime. Articuler cette dialectique entre le mouvement catalan et la lutte contre le cadre institutionnel actuel de l'ensemble de l'État est notre stratégie pour la défense de la République catalane. Cliquer ici

 
Il y aura un mouvement de masse pour soutenir le gouvernement, un mouvement qui sera pacifique. La dynamique va s’accélérer. Dès samedi, le gouvernement va décider comment il prend le contrôle de la Generalitat. Mais il peut y avoir un énorme désordre, en raison des arrestations et de l’arrivée des autorités espagnole à chaque Conseillerie. Cliquer ici

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Catalunya.  Le calme avant quelle tempête ?

28 octobre

L'organisatrice de la répression du 1er octobre prend la direction politique de la Catalogne


Après la tension vécue ces derniers jours et le climax d'hier, la journée s'est caractérisée par le calme plat : un calme en fait bien paradoxal puisqu'il a accompagné le déroulé méticuleux par le gouvernement de Madrid des mesures qui concrétisent l'annonce de son coup de force, à savoir la destitution de toutes les autorités politiques de la Catalogne (le détail de ces mesures faisant de la "répresseure" du jour du référendum, la vice-présidente Soraya Sáenz de Santamaría, la femme forte de Madrid en terres catalanes est à lire en espagnol ici). Cette impression bizarre de voir se mettre en place calmement ce qui n'est rien d'autre qu'un putsch mené par les fils spirituels de Franco, accompagnés de tout ce que la gauche connaît de capitulards historiques depuis la Transition, tient aussi à l'attitude de ceux et celles d'en face, les acteurs de l'indépendance républicaine catalane.

Le moins que l'on puisse dire est qu'après l'euphorie de la rue hier soir, ils se positionnent dans une position de retrait que l'on veut bien envisager tactique. Il n'est en effet pas certain qu'une riposte démocratique immédiatement virulente soit le meilleur moyen d'engager le rapport de force contre... l'épreuve de force. L'histoire des résistances populaires, en particulier les luttes de libération nationale, nous apprend, toutes choses égales par ailleurs, que le temps et les méthodes d'action des résistant-es ne doivent pas se calquer mécaniquement sur l'agenda des oppresseurs agresseurs : les notions de repli tactique, d'accumulation de force, d'organisation méthodique de la résistance civile en maîtrisant au mieux les risques encourus par les participant-es peuvent être le prélude d'une stratégie de "guérilla" visant à cibler efficacement les points faibles de l'occupant et surtout à donner confiance dans l'action à engager à un maximum de gens en faveur de "l'idée" fédératrice de résistance qui se décline en quelques mots : démocratie, autogouvernement, indépendance, république sur lesquels il conviendrait de greffer auto-organisation, justice sociale...

On peut imaginer et espérer, bien que, pour les raisons de sécurité, rien de toute cette préparation de la résistance ne transparaisse pas immédiatement, que les organisations du mouvement national, du moins les plus décidées à construire une riposte à la hauteur des enjeux, ont leur plan de mobilisation prêt à être mis en oeuvre. L'objectif étant de créer une dynamique débordant largement le premier cercle militant, ce dont on a eu une préfiguration lors de la défense du droit à référendum face à la violence policière le 1er octobre.

Ne nous cachons pas que le défi posé par l'offensive de Madrid étant monté vertigineusement de plusieurs crans, il s'agit désormais de lui opposer autre chose que la volonté, au demeurant magnifique, de voter un jour : la défense sur la durée de ce qui a résulté de la victoire de ce jour, une République indépendante. Une République catalane devant se confronter à un Etat central déployant désormais tous les moyens coercitifs à disposition de sa politique à dynamique totalitaire, à l'exception d'une intervention armée gardée en réserve; comme dans les années 70, l'armée franquiste était en réserve d'une Transition démocratique pour veiller à ce que la démocratie espagnole intègre constitutionnellement un certains nombre de garanties adémocratiques, tout particulièrement sur la question des "nations" de l'Etat espagnol, dont le "155" est l'un des fleurons. Néfaste boucle d'une histoire démocratique composant avec une dictature se bouclant sur un présent "démocratique" renouant avec un legs dictatorial circonstanciellement mis en sommeil. Le juriste maire de Saragosse ne rappelait-il pas, pas plus tard qu'hier, que "Le régime dictatorial nous a laissé un dépôt dont nous ne nous sommes jamais nettoyés, vis-à-vis duquel nous n'avons jamais pratiqué d'hygiène mentale" ? Lire ici

Ceci étant posé on notera que la réponse des institutionnels de la République catalane a fait aujourd'hui dans la basse, très basse intensité, disons même, la quasi nulle intensité. Jugeons-en : le President s'est fendu de 3 minutes d'interventionvisée, où il a été présenté, au grand dam de Madrid, comme President de la Generalitat, pour déclarer ne pas reconnaître sa destitution et pour appeler, sans plus de précision, à s'opposer démocratiquement au "155" en recourant à "la patience, la persévérance et la perspective (sic)" et en recherchant "la plus grande stabilité, la plus grande tranquillité" ! Lire ici

Quant au "major" des Mossos d'Esquadra, Josep Lluís Trapero, lui aussi, sans surprise, destitué, sa lettre à ses agents va plus loin que la déclaration du President, étant donné ce que représente un corps policier passant sous contrôle de l'ennemi : tout d'abord il accepte une destitution, dont le refus aurait certes eu d'autres conséquences que pour Carles Puigdemont. Mais ce qui est le plus significatif, pour ne pas dire le plus inquiétant pour les mobilisations de résistance à venir, c'est qu'il en appelle à "la loyauté et à la compréhension envers les décisions" qui seront prises par le nouveau commandement, celui que Madrid a institué. On notera également, toujours dans la même lignée de ce qui s'apparente à une soumission aux putschistes, que son successeur à la tête des Mossos n'est autre que son second ! Lire ici Les manifestant-es pour la République catalane devraient avoir du souci à se faire quant au rôle qu'est appelée à tenir une police catalane renouant probablement (à quelles exceptions près ?) avec des pratiques antipopulaires mises en oeuvre il y a quelques années et que, seule la poussée indépendantiste aura amené à délaisser... Il y a probablement un mythe à déconstruire rapidement du côté de certain-es indépendantistes, celui des Mossos d'Esquadra, chevaliers défenseurs d'une république populaire catalane...

Lourdes menaces judiciaires à leur encontre, ainsi qu'à celui d'autres responsables politiques (membres du Govern, parlementaires) aidant, ces discours "inoffensifs" montrent très clairement que le centre de gravité politique est ailleurs, hors institutions, plus précisément dans le corps social, et qu'il revient désormais à des associations comme l'ANC ou l'Omnium, aux Comités de Défense du Référendum (réunis aujourd'hui), aux syndicats (minoritaires) s'impliquant dans le mouvement ou à la CUP, aux militant-es anticapitalistes de Podem, à ceux et celles de l'extrême gauche et de Catalunya en Comú, d'ERC, voire à certain-es du PDeCat, de dessiner une vraie stratégie de blocage de l'agression espagnoliste (en lien avec un positionnement sur les élections prévues le 21 décembre : appel au boycott ou pas ?)

Dans l'immédiat, des actions de rue sont dans les tuyaux mais aussi des appels circulent en direction des personnels de l'administration et de tous les fonctionnaires à commencer au plus tôt une grève du zèle visant à asphyxier les chaînes de décision émanant des centres de pouvoir usurpateurs. Nous ferons prochainement le point sur cette question de la mobilisation populaire essentielle pour la survie d'une République catalane qui est exilée d'emblée de tout l'espace étatique et ainsi renvoyée vers ceux et celles qui sont le plus souvent dépossédé-es de toute prise sur ledit espace. On ne peut pas décemment dire que cet exil forcé est une chance mais le dicton "à quelque chose malheur est bon" pourrait bien être un incitateur à donner sa chance au peuple pour qu'il soit souverain dans la conduite de la lutte qui s'ouvre, souverain dans le projet d'indépendance et de République qu'il reste à concrétiser en termes de pouvoir... y compris auto-organisé et à visée social !  

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 Ce que nous sommes en tant que peuple, nous ne le sommes pas par essence ou parce que notre peuple est issu d’un passé immémoriel, nous le sommes par tout ce que nous avons gagné dans les petites luttes et les grandes batailles menées dans chaque recoin du pays »




On a souvent considéré, à tort, que l’indépendantisme catalan pouvait se réduire à l’exacerbation d’un nationalisme conservateur ou à l’expression d’un simple égoïsme fiscal. Il existe pourtant, en Catalogne, un indépendantisme progressiste qui envisage l’indépendance comme une manière de recouvrer la souveraineté populaire, d’ouvrir un nouvel espace d’émancipation et de redéfinir les règles du jeu politique. Cet indépendantisme ancré à gauche, qui s’inscrit dans le sillage des mobilisations sociales que connaît l’Espagne depuis la crise de 2008 et qui revendique l’héritage du mouvement des Indignés (le 15M), est en partie incarné par la Candidature d’unité populaire (CUP), l’une des formations clés de la nébuleuse souverainiste. À la différence de Podemos, qui aspire à répondre à la « crise du régime de 1978 » par une réforme des institutions espagnoles et la reconnaissance du caractère plurinational de l’Espagne, la CUP envisage le séparatisme comme l’unique porte de sortie. Dans cet article, écrit à partir d’une lecture des manifestes du parti, d’observation participante à Barcelone et d’entretiens effectués avec des militants de la CUP, le choix a été fait d’analyser l’indépendantisme catalan dans ce contexte de crise politique et d’intensification des mobilisations sociales. Cliquer ici
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Rajoy peut réprimer et destituer des élu-es, il y a une gauche radicale en France qui renvoie tout le monde dos à dos. A qui cela profite-t-il ?

Cliquer ici

Communiqué Catalogne du NPA 66 (Nouveau Parti Anticapitaliste)

Le NPA 66, qui a soutenu depuis le début le droit démocratique à l’autodétermination du peuple de Catalogne Sud, salue la proclamation de la République indépendante catalane, une décision qui respecte la volonté majoritaire du référendum du 1er octobre. La Catalogne vient d’ouvrir un processus qui - en s’élargissant aux mouvements démocratiques et sociaux aussi en dehors de la Catalogne et en les mobilisant - peut en finir avec le régime de 1978, issu du franquisme, et répondre aux besoins et aspirations populaires. Un processus qui serait un encouragement également pour les classes populaires dans le reste de l'Europe à lutter pour leurs droits démocratiques et sociaux gravement remis en cause par les politiques capitalistes néolibérales.

Aujourd’hui, il est urgent que se construise en Catalogne Nord et dans le reste de notre pays un front unitaire démocratique le plus large possible pour défendre la souveraineté catalane face à Rajoy et à sa politique autoritaire, répressive, et pour dénoncer le soutien que lui apportent Emmanuel Macron et l’Union européenne.

(Perpignan, le 28 octobre 2017)

  
Comunicat sobre Catalunya del NPA 66 (Nou Partit Anticapitalista)
L’NPA 66, que ha donar suport des del principi al dret democràtic d’autodeterminació del poble de la Catalunya Sud, saluda la proclamació de la República independent catalana, una decisió  que respecte la voluntat majoritària del referèndum de l’1 d’octubre. Catalunya acaba d’obrir un procés que —en ampliar-se als moviments democràtics i socials també de fora de Catalunya tot mobilitzant-los— pot acabar amb el règim de 1978, sortit del franquisme, i respondre a les necessitats i aspiracions populars. Un procés que també encoratjaria les classes populars de la resta d’Europa a lluitar pels seus drets democràtics i socials, greument qüestionats per les polítiques capitalistes neoliberals.
Avui és urgent que es construeixi a la  Catalunya Nord i a la resta del país un front unitari democràtic el més ampli possible per a defensar la sobirania catalana front a Rajoy i la seva política autoritària, repressiva, i per tal de denunciar el suport que li aporta Emmanuel Macron i l’Unió Europea.

(Perpinyà, 28 d’octubre de 2017)
 



Agenda radio

Notre camarade Miguel Seguí sera interviewé demain midi sur la radio Fréquence Paris Plurielle 106.3 FM
à propos de la situation en Catalogne. 

La situation ce jour

Rajoy sonne la charge contre la Catalogne indépendante...La plus large solidarité c'est pour quand ?

Jour de fête, jour de putsch...

 
 Madrid, suite au vote du "155" par le Sénat, destitue le President et son vice-président, dissout le Govern et le Parlament, saisit les comptes de la Généralité, prend le contrôle de la police catalane et convoque des élections anticipées à la Communauté Autonome de Catalogne le 21 décembre. 141 personnes assurant les tâches "de confiance" dans ces instances sont licenciées.

Le Tribunal Constitutionnel, sur saisine en annulation des décisions de ce jour du Parlament par le PSC, se donne trois jours pour prendre sa décision.

La CUP propose que, le jour de l'élection, soit organisée "une paella massive insoumise" !

Les rues de Barcelone sont envahies par des milliers de personnes qui crient "som independents" (nous sommes indépendants) et chantent Els Segadors, l'hymne catalan. Une contremanifestation "unioniste" a rassemblé 1000 personnes qui s'en sont prises aux vitres de l'entrée de la radio publique Catalunya Rádio. 

La gauche à la gauche du PSOE campe sur son ni ni : ni indépendance unilatérale ni "155". Elle estime seule réaliste "un référendum négocié avec le gouvernement", contre l'évidence d'un Rajoy lancé à fond de train dans une logique d'affrontement sous-tendue par le refus de la moindre concession sur la question d'un référendum, qu'il soit négocié ou pas ! Pour lui, l'unité de l'Espagne n'est pas négociable !

A l'international Trump converge avec l'Andorre pour soutenir une Espagne unie.  Macron, Merkel et l'ensemble des dirigeants de l'UE sont à l'unisson de ce duo ! [Rectification : une erreur de transcription à partir d'un site d'info espagnol nous a fait attribuer à Bernie Sanders ce qui revenait à Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche et qui disait un soutien à Rajoy. Avec nos plus plates excuses. Une recherche sur internet ne permet pas de dire la position de Bernie Sanders sur la Catalogne]

 

Au fronton de la mairie de Girona, il manque désormais un drapeau...


Le retrait des drapeaux espagnols a commencé

Le CAC 40 espagnol, l'Ibex 35, perd près de 2%

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C'est fait : la Catalogne s'est proclamée nation indépendante !

 Vote historique au Parlament



C'est peu avant 15h30 que le parlement catalan a approuvé par 70 voix (celles de Junts pel Sí et de la CUP) contre 10 et 2 blancs la Déclaration Unilatérale d'Indépendance. 53 député-es (ceux et celles du PP, du PSOE et de Ciudadanos) ont refusé de participer au vote. Celuici une fois réalisé, les député-es présent-es ont entonné l'hymne catalan Els Segadors et lancé de sonores Visca Catalunya !

Le texte de la déclaration d'indépendance instaurant "la république catalane comme Etat indépendant et souverain, de droit démocratique et social" est inclus dans le préambule de la résolution qui dit que se met en marche un processus constituant. La distinction des deux textes votés séparément est un artifice de procédure établi en vue de la bataille juridique qui va s'engager : le vote du préambule n'a pas force de loi et échappe, semble-t-il, ainsi à toute imputation juridique d'illégalité. Ce qui ne sera pas le cas du second texte. Subtilités politico-juridiques qui devraient empêcher que la déclaration d'indépendance proprement dite soit invalidée par les tribunaux mais qui n'empêchera pas la mise en route, pour la seconde résolution, de la procédure prévue par le Tribunal Constitutionnel contre une tentative de sédition.

Le député de la CUP Carles Riera a affirmé qu'"aujourd'hui nous commençons la destitution du régime et de la monarchie des Bourbons" ! Lire ici

A l'heure actuelle des milliers de personnes en liesse sont rassemblées devant le Parlament.


Nous reviendrons en soirée sur cet événement historique et sur les conséquences qu'il risque d'engendrer.

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Le Sénat a voté le "155", au Parlament catalan de jouer...


13h23 : Lettre d'infos de Pierre G de Toulouse.


"Le Sénat espagnol vient de voter l'application de l'article 155 ce matin 27 octobre 2017. Mariano Rajoy y a reçu une standing ovation de ses collègues royalo-franquistes… [Voir ici] La Catalogne, déjà sous le contrôle policier et militaire de l'Etat espagnol, juridique avec les mesures suspensives du Tribunal constitutionnel des prérogatives de l'autonomie, et pénale avec l'inculpation du chef des Mossos pour sédition et l'arrestation des Jordis de l'ANC et d’Omnium, se verra demain certainement infliger la punition supplémentaire de la dissolution et de la mise sous tutelle par des administrateurs centro-espagnolistes de ses institutions démocratiques, le Govern et le Parlament et sans doute l'inculpation et l'arrestation de leur président et présidente, Carles Puigdemont et Carme Forcadell. Le fascisme ordinaire s'est de nouveau épanoui du ventre fécond d'un Etat européen prétendument démocratique. Qu'on y prenne garde ! Comme le disent les signataires de l'appel « Avec la Catalogne », tous les peuples et travailleur-se-s d’Europe sont concernés. Arrêter maintenant la poigne criminelle de Madrid sur Barcelone, c'est nous défendre nous-mêmes contre le cours actuel proto-fasciste des gouvernants de l’Union européenne qui font bloc avec Madrid.

La riposte de la Catalogne, républicaine, démocratique et sociale va se jouer de nouveau dans la rue (des milliers de Catalan-e-s, toutes classes sociales confondues, sont rassemblé-e-s au parc de la Citadelle : https://www.vilaweb.cat/noticies/en-directe-les-entitats-sobiranistes-convoquen-a-les-10-30-fora-del-parc-de-la-ciutadella-independencia-catalunya-referendum/) et au Parlament. En voici le probable scénario, tel que lu et traduit du site catalaniste VilaWeb : https://www.vilaweb.cat/noticies/aixi-es-proclamara-la-independencia-declaracio-solemne-i-activacio-del-proces-constituent/

Així es proclamarà la independència: declaració solemne i activació del procés constituent
Ainsi va être proclamée l’indépendance : déclaration solennelle et activation du processus constitutif
Forcadell llegirà solemnement la declaració d’independència signada el 10 d’octubre pels setanta-dos diputats sobiranistes

Forcadell [la présidente du Parlament] va lire solennellement la déclaration d’indépendance signée le 10 octobre par les soixante-douze députés indépendantistes.

La proclamació de la independència de Catalunya es farà avui al parlament amb la lectura de la declaració que els setanta-dos diputats sobiranistes van signar a l’acabament del ple del proppassat 10 d’octubre. Un text pel qual ‘es constitueix la república catalana, com a estat independent i sobirà, de dret, democràtic i social’. La previsió és que la presidenta del parlament, Carme Forcadell, sigui qui llegeixi aquesta declaració, que no se sotmetrà a a votació. En canvi, es votaran els efectes d’aquesta declaració, que queden detallats en la proposta de resolució conjunta de Junts pel Sí i la CUP. En la segona proposta de resolució conjunta s’especifiquen els passos per a activar el procés constituent, i també se sotmetrà a votació.

La proclamation de l’indépendance de la Catalogne se fera aujourd’hui au Parlement avec la lecture de la déclaration que les soixante-douze députés indépendantistes ont signée à l’issue de la séance plénière du 10 octobre. Un texte par lequel « la République catalane est constituée, en tant qu’État indépendant et souverain, de droit, démocratique et social ». Il est prévu que la présidente du parlement, Carme Forcadell, lira cette déclaration mais ne la soumettra pas au vote. Au lieu de cela, ce sont les conséquences de cette déclaration qui feront l’objet d’un vote, détaillées dans la proposition de résolution commune de Junts pel Sí et la CUP. La deuxième proposition de résolution commune précise les étapes à suivre pour activer le processus constituant et sera également mise aux voix.

En la primera proposta de resolució s’indiquen les conseqüències de la declaració. ‘Iniciem el procés constituent, democràtic, de base ciutadana transversal, participatiu i vinculant’, diu el document. Llegiu-lo ací, conjuntament amb el text de la proposta d’activació del procés constituent.

La première proposition de résolution indique les conséquences de la déclaration. « Nous initions le processus constituant, démocratique, à base citoyenne transversale, participative et contraignante », indique le document. Lisez-le ici, avec le texte de la proposition d’activation du processus constitutif : https://www.vilaweb.cat/noticies/aixi-es-proclamara-la-independencia-declaracio-solemne-i-activacio-del-proces-constituent/

El text dels efectes de la declaració d’independència insta a la promulgació dels decrets necessaris per a l’expedició dels documents acreditatius de la nacionalitat catalana; l’impuls de ‘la subscripció d’un tractat de doble nacionalitat amb el gover del regne d’Espanya’; a dictar les disposicions necessàries per a l’adaptació, modificació i inaplicació del dret local, autonòmic i estatal vigent abans de l’entrada en vigor de la llei de transitorietat; a recuperar les normes suspeses pel Tribunal Constitucional espanyol, sobretot les que tenen a veure amb mesures impositives i que tenen a veure amb la lluita contra la desigualtat social; a promoure el reconeixement internacional de la república, a establir la vigència dels tractats internacionals; a integrar els funcionaris, llevat del cas de renúncia expressa, dels funcionaris de l’estat espanyol que presten servei a Catalunya, i dels funcionaris de nacionalitat catalana que presten servei fora a l’estat espanyol de Catalunya; a acordar les mesures necessàries per a exercir l’autoritat fiscal, de seguretat social, duanera i cadastral; a impulsar la ceració d’un banc públic; a obrir una negociació amb l’estat espanyol sobre els drets i obligacions de caràcter econòmic ‘assumits pel regne d’Espanya’; a elaborar una proposta de repartiment d’actius i de passius…

Le texte des conséquences de la déclaration d’indépendance appelle à la promulgation des décrets nécessaires à la délivrance des documents prouvant la citoyenneté catalane ; d’impulser « la signature d’un traité de double nationalité avec le gouvernement du Royaume d’Espagne » ; de dicter les modalités nécessaires d’adaptation, de modification et de dérogation du droit local, autonome régional et national prévalant avant l’entrée en vigueur de la loi de transition ; restaurer les règles suspendues par le Tribunal constitutionnel espagnol, en particulier celles qui traitent des mesures fiscales qui ont à voir avec la lutte contre les inégalités sociales ; promouvoir la reconnaissance internationale de la république, établir la validité des traités internationaux ; intégrer les fonctionnaires, sauf en cas de la renonciation expresse des fonctionnaires de l’Etat espagnol affectés en Catalogne et des fonctionnaires nationaux catalans exerçant à l’extérieur de la Catalogne au service en Espagne ; convenir des mesures nécessaires pour exercer l’autorité fiscale, de sécurité sociale, douanière et cadastrale ; promouvoir la création d’une banque publique ; ouvrir une négociation avec l’Etat espagnol sur les droits et obligations de caractère économique « assumés par le royaume d’Espagne » ; préparer une proposition de répartition des actifs et des passifs…"
26 octobre 

Puigdemont revire de bord !

A lire ci-dessous : Tribune libre. Modeste contribution adressée aux anticapitalistes calé-es dans l'expectative sceptique devant les événements de Catalogne (Antoine)



Appel : Construisons un mouvement de solidarité avec la Catalogne !

 21h55 : le "Conseller" (= ministre) des Entreprises Santi Vila démissionne du Govern après la décision de Carles Puigdemont d'abandonner son projet de convoquer des élections anticipées. Lire ici Décodage : c'est l'un des plus hauts représentants politiques du patronat catalan qui envoie le message (qui devrait être clair, depuis longtemps, chez nombre d'anticapitalistes français et d'ailleurs) que le capital catalan est contre l'indépendance ! Ledit capital participe d'ailleurs largement à l'opération anti-indépendantiste, avant tout politique,  de fuite des entreprises hors de Catalogne : elles sont plus de 1600 à ce jour à avoir fait ce pas... (Lire ici)

 Tribune libre

Modeste contribution adressée aux anticapitalistes calé-es dans l'expectative sceptique devant les événements de Catalogne

Pour répondre à l'objectif implicitement posé dans le titre de ces lignes (faire sortir des camarades de leur expectative ou attentisme sceptique), je propose de revenir sur les revirements de Carles Puigdemont. Ils doivent être la résultante, chez lui, d'une tension entre diverses données à la fois personnelles et politiques, inextricablement liées entre elles. Ne sous-estimons pas la conscience qu'il doit avoir du risque personnel qu'il prend à défendre la DUI et que le procureur lui rappelle incessamment : une procédure judiciaire lui imputant le délit de sédition (mise en oeuvre déjà pour incarcérer les dirigeants de l'ANC et de l'Omnium) est prête à être engagée dès que la DUI sera promulguée. Elle pourrait lui valoir une condamnation à 30 ans d'emprisonnement. Les anticapitalistes sont souvent réticents (c'est peu de le dire) à intégrer les logiques personnelles dans l'analyse des enjeux politiques. C'est certainement une erreur : elles jouent, certes à leur échelle et en interaction, avec les lourdes déterminations politiques et sociales. 

On notera comme significatif, à ce propos, que le dernier revirement du personnage vers la DUI le dégage d'en être le décisionnaire, comme il était envisagé depuis le début que cela soit : dans son dernier discours, il s'en remet en effet au choix du Parlament. Ce qui, avec peu d'élégance, fait passer la patate chaude à la présidente dudit Parlament, Carme Forcadell, qui est déjà poursuivie pour avoir permis les procédures parlementaires permettant la réalisation du référendum et ouvrant la voie à la promulgation de l'indépendance et de la République catalanes. Si le Parlament votait en ce sens demain, les menaces judiciaires à son encontre s'en trouveraient décuplées.

Ces façons de faire à la tête des institutions catalanes, dont, au demeurant, il serait trop facile de se moquer, doivent être replacées dans leur contexte politique : il y a un côté contre-nature à voir un Puigdemont (c'est moins évident pour Carme Forcadell), dirigeant d'un parti de droite conservatrice au récent passé montrant sa participation aux orientations antilibérales de Madrid et de l'Europe contre la population, prendre la tête d'une coalition se radicalisant jusqu'au défi que nous voyons, qui plus est en alliance avec un parti anticapitaliste. Sans vouloir tout embrasser des causes de ce paradoxe politique dans le cadre limité de cette page, on peut avancer ceci : ce parti, l'ex CiU, aujourd'hui PDeCat, longtemps hégémonique dans le cadre de l'autonomisme et d'une conciliation relativement conflictuelle avec Madrid, fait face, depuis quelques années à la crise du modèle "pujoliste" (du nom de Jordi Pujol, l'artisan de cette conciliation historique avec Madrid et qui est aujourd'hui poursuivi pour corruption), à un croissant affaiblissement  dû à l'impopularité des mesures antisociales prises, de la répression que, pour les imposer, il a été amené à utiliser...via les Mossos de Esquadra; un affaiblissement dû aussi à un durcissement de la politique budgétaire et financière du gouvernement du PP à l'encontre des Autonomies (la dette de la Catalogne atteint des records) ... Ces données et d'autres facteurs impossibles à convoquer ici ont fini de radicaliser le nationalisme, classiquement autonomiste, de droite en un nationalisme indépendantiste mais sur le mode fuite en avant qui, on le voit avec les départs d'entreprises hors de Catalogne, coupe assez profondément le PDeCat de sa base sociologique du grand patronat catalan et le fait être un parti bourgeois suspendu en l'air, hors sol de cette base essentielle, toutes choses qui le rabattent vers des composantes petites bourgeoises et classes moyennes de cette base sans lui permettre d'avoir, et pour cause (de néolibéralisme), des liens profonds avec les secteurs les plus populaires du salariat. 

Pour aller vite, le désancrage politico-social relatif de ce personnel politique le fait flotter et manifester l'instabilité entre divers déterminants politiques contradictoires que l'on voit à l'oeuvre chez Puigdemont et une bonne partie du PDeCat : volonté de composer avec le PP mais difficulté à assumer les retours de bâton induits du côté des alliés indépendantistes et à venir dans la rue.

Les anticapitalistes de la CUP ont pu avoir prise sur cette fragilisation du principal parti de droite catalaniste en négociant leur appui politique, au cas par cas, pour lui permettre de  continuer à gouverner. L'indépendantisme est devenu le point de rencontre entre deux partis aussi éloignés idéologiquement pour leur permettre de dépasser, pour l'un, le PDeCat, son affaiblissement politique (pas de majorité absolue au Parlament), pour l'autre, la CUP, sa faiblesse politique (10 député-es sur 135 au Parlament). Sans parler du troisième larron, l'ERC qui joue sa partition d'un indépendantisme républicain que l'on qualifiera rapidement de social-démocrate flirtant avec le social-libéralisme. A quoi l'on ajoutera le grand poids politique acquis par l'ANC et l'Omnium qui leur fait pousser plus avant une logique indépendantiste pure depuis la rue et les quartiers optant de plus en plus pour se dégager des manoeuvres institutionnelles auxquelles elles ont longtemps accordé du crédit comme voie pour parvenir à plus d'autogouvernement et désormais à l'indépendance.

Mais, on le voit avec le "155", l'élément radicalisateur de l'ensemble indépendantiste lui est, en grande partie, exogène, ce qui dit beaucoup de sa fragilité :  c'est la politique toujours plus ultradroitière d'un PP au gouvernement dont on a expliqué ailleurs la politique de fuite en avant vers les fondamentaux de l'austérité capitaliste mâtinée d'une capacité à mobiliser les ressorts de grande violence que la Transition a permis de laisser en réserve constitutionnelle.

Partis du caractère velléitaire d'un Carles Puigdemont nous voilà arrivés à poser la question politique et sociale qui le surdétermine mais qui devrait permettre en fait de comprendre que, pour compenser l'extrême hétérogénéité politique et sociale de l'indépendantisme catalan et les risques de défection à tout moment des partenaires les plus "fragiles"  devant la confrontation à venir, seule une mobilisation sociale faisant le pont entre la question sociale (étrangère au PDeCat) et la question nationale (soutien à l'indépendance et à la République catalanes) pourrait permettre de créer la plus large base sociale pour imposer et opposer un rapport de force à la hauteur de ce qu'est et fait l'ennemi, le PP et le capital, y compris catalan. A cette condition, en somme, la réalisation d'une rencontre entre la dynamique indignée du 15M, toujours là en sourdine, qui a été très forte en Catalogne, et l'actuel mouvement pour l'indépendance, une rupture avec la droite catalaniste ne serait plus la catastrophe qui s'est profilée aujourd'hui et que la situation du moment oblige à conjurer tellement la préparation du front uni social et national évoqué plus haut est loin d'avoir commencé à se concrétiser. Comme on le voit, il y aurait à mener tout un travail de synchronisation des temps politiques et sociaux, actuellement  en tension entre eux, mais rien ne sert de précipiter des ruptures puristes de la "gauche radicale" avec les droitiers si la conséquence est une défaite assurée du mouvement national entraînant celle d'un mouvement social dont les premiers signes, encore fragiles, sont apparus le 3 octobre à travers la grève générale de protestation contre les violences policières du jour du référendum. Tout ceci devrait être précisé, clarifié, voire nuancé mais devrait inciter les anticapitalistes réticents devant les "bourgeoises (sic) questions nationales" à comprendre que l'UE, Macron, Rajoy ont donné la composition de classe fondamentale de ce qui se joue en Catalogne. C'est contre eux qu'il faut se positionner et plus activement qu'il n'est fait, en solidarité avec la Catalogne, parce qu'ils jouent dans ce coin de l'Etat espagnol beaucoup de choses qu'ils nous resserviront ailleurs, et ce sera essentiellement sur le terrain social, s'ils gagnent ! Il est grave d'avoir à rappeler à des anticapitalistes cet aspect fondamental des événements de la Catalogne ! Il est temps d'aider les secteurs les plus engagé-es sur le terrain à donner sa pleine place au social dans le mouvement national catalan et, à cette fin, à donner à celui-ci les atouts susceptibles de l'aider à résister, peut-être à gagner !

Antoine 

17h20. Nouveau revirement de Carles Puigdemont : il renonce à convoquer des élections anticipées devant le refus du gouvernement d'arrêter la procédure du "155".

Puigdemont parlait, les étudiant-es s'étaient rassemblés devant le palais gouvernemental


L'indépendance redevient d'actualité. Elle pourrait être votée par le Parlament demain vendredi. Lire ici

On est en droit de penser que les élections anticipées étaient, pour le secteur modéré du PDeCAT, un "coup" de la dernière chance pour éviter d'avoir à proclamer la DUI. C'était sans compter sur la détermination jusqu'auboutiste d'un PP qui, empêtré dans une série impressionnante d'affaires de corruption et sans majorité absolue au Congrès, voit sa survie politique dans l'impact qu'aurait sur les électeurs l'écrasement du défi catalan et de son supposé orgueil méprisant envers le reste de l'Espagne. Histoire aussi de faire diversion, sur le mode unité nationale, au mécontentement social que sa politique antipopulaire génère dans tout le pays. Le problème est que c'est Ciudadanos qui, selon les sondages, semble devoir rafler la mise de la radicalité de droite extrémisée car, en en surajoutant sur l'appel à réprimer les Catalan-es insurgé-es, il apparaît, à la différence du PP, propre sur lui ! En somme, sur le "155" anticatalan, le PP, pris dans une folle fuite en avant, agit en somnambule du tout répressif sans capacité a priori à réellement regagner le terrain politique perdu. Reste que ce sont les Catalan-es et indirectement les autres peuples de l'Etat espagnol et même de l'Europe, qui feraient les frais d'une défaite du processus indépendantiste catalan. Cette défaite des Catalan-es et, à terme d'un PP dont la solution de rechange est désormais en place, serait de toute façon une victoire de la droite néolibérale la plus antipopulaire de l'aire européenne qui, depuis le début, fait bloc derrière Rajoy.

Ni le PP, ni l'indépendantisme catalan, n'ont, pour des raisons évidemment opposées, plus trop le choix : celui qui recule devra assumer un coût politique énorme mais, en quelque sorte à l'inverse, la déflagration que produira le choc combiné de la DUI et du "155" coûtera très cher au perdant ! Et, de toute évidence, le camp indépendantiste n'est pas aussi unanime que celui du PP, beaucoup moins hétérogène que lui, pour prendre des risques élevés ! Il revient certainement à la rue catalane, quelque peu démobilisée par les jeux de ses institutionnels du Govern et du Parlament, de redynamiser ledit camp national en retrouvant, contre le "155", l'esprit qu'elle a manifesté lors du référendum le 1er octobre et de la journée de grève générale et civique du 3 octobre !

Il revient également aux anticapitalistes mais aussi à tous/toutes les démocrates européen-nes de se mobiliser plus qu'il n'a été fait jusqu'ici pour que le mouvement national catalan, quoique l'on pense de l'indépendance, gagne du rapport de force suffisant pour résister à la nouvelle terrible offensive qui est dans les tuyaux et pour se relancer. Ne l'oublions pas : une victoire des Catalan-es serait une défaite de Macron et Cie ! Faisons pression sur eux : pas touche à la Catalogne !
  
15h30. Dernière minute : Coup de théâtre, Puigdemont annoncerait des élections parlementaires catalanes pour décembre. L'indépendance ne serait plus d'actualité !


La dissolution du Parlament pour lancer la campagne électorale reviendrait en effet à remettre aux calendes grecques la proclamation de l'indépendance et le processus constituant qui devrait s'ensuivre. 

Le President semble avoir opéré un retournement total depuis hier et avoir basculé du côté des "tièdes" de son parti, le PDeCat. Plus globalement il se rapprocherait des propositions défendues par Podemos et Catalunya en Comú qui se félicitent du choix envisagé. Une réaction en chaîne ne s'est pas fait attendre : deux députés du PDeCAT viennent de démissionner de leur mandat et du parti [Puigdemont ayant renoncé à convoquer des élections anticipées, ces deux députés ont renoncé à démissionner]. ERC, le principal allié du PDeCAT dans la coalition gouvernementale Junts pel Sí, annonce que, si Puigdemont maintient sa décision, il se retire du gouvernement. Dans un tweet rageur, l'un de ses principaux dirigeants, assimile le President à Judas ! L'ANC est sur la même longueur d'onde : pas de recul sur la proclamation de l'indépendance ! La CUP n'est pas en reste : écartée de la réunion qui se tient aujourd'hui entre partis indépendantistes, elle s'élève violemment contre le choix envisagé par ce qu'il faut désormais voir comme l'orientation du PDeCAT. Ses jeunesses d'Arran sont des plus virulentes et appellent à des manifestations de rue. 1000 étudiants, qui manifestaient dans les rues de Barcelone contre le "155", ont modifié leur revendication en cours de route pour protester contre la perspective d'élections anticipées. Les anticapitalistes ne conçoivent d'élections que pour aller vers la République. On est effectivement loin du compte. 

La manoeuvre de Carles Puigdemont aurait pour objectif de bloquer la mise en place du "155". Il pourrait compter sur le PSOE qui dit faire pression pour qu'il en soit ainsi si la décision de convoquer aux urnes se confirme. Problème : le PP est, quant à lui, décidé, comme il l'a déjà dit, à faire voter par le Sénat le "155", élections ou pas élections : sa majorité absolue au Sénat lui laisse toute possibilité de faire cavalier seul vers le "155". Mais il aurait l'appui de Ciudadanos, lequel Ciudadanos reste cependant favorable  à des élections anticipées qui, selon les sondages, devraient lui permettre de faire un bond en avant dans sa représentation au Parlament. 

Comme on le voit, il risque de se produire des déplacements, des ruptures et des rapprochements inédits, en somme des recompositions express autour du binôme à pôle contradictoire : DUI [Déclaration Unilatérale d'Indépendance] vs élections anticipées où le troisième larron, le "155", pourrait bien gripper la trajectoire de machines lancées à toute allure dans ce qui pourrait s'avérer être des voies de garage les dégâts politiques risquent d'être majeurs. L'inconnue reste la réaction de la rue... 

A suivre: le discours de Puigdemont annoncé dans les minutes ou heures qui suivent, vient d'être reporté. Nous vérifierons si les rumeurs de son retournement se confirment ou si, au vu du cataclysme qu'elles ont provoqué, il opère un rétropédalage. Des rassemblements vont probablement se tenir pour en finir avec une délégation de pouvoir décidément bien trop confiante, du côté des indépendantistes, dans la capacité des institutionnels livrés à eux-mêmes à garder le cap de ce pour quoi ils se sont engagés !

Nous reviendrons en soirée, sauf événement exceptionnel dans l'après midi, pour faire le point de la situation. 

25 octobre

Etat des lieux avant coup d'Etat 

Ci-après, à la suite de l'article d'introduction, quelques brèves...

Coup d'Etat depuis l'Etat

par Josep Maria Antentas (Viento Sur, 23 oct 2017)


1. Un coup d'Etat impulsé par l'Etat lui-même. Telle est la façon la plus simple de définir la batterie de mesures, qu'avec l'appui du PSOE et Ciudadanos, le gouvernement de Mariano Rajoy a rendue publique vendredi dernier et qu'il soumettra à l'approbation du Sénat le prochain 27 octobre. 

Plus que l'application de l'incertain article 155, c'est la suspension de facto de l'autogouvernement catalan dans son ensemble, sous le prétexte légal de l'utilisation de l'article 155, qu'a annoncée Mariano Rajoy. L'absence de précédent dans sa mise en oeuvre, jointe au climat d'exceptionnalité institutionnelle du moment, permet ainsi au gouvernement de prendre des décisions, non seulement autoritaires et antidémocratiques mais aussi constitutionnellement douteuses. Le pouvoir fait violence à ses propres normes via l'usage de la force et la création d'une situation exceptionnelle. […] 
 

[Nous assistons à] une attaque frontale contre la démocratie, au nom de la démocratie et afin que l'on débouche sur une nouvelle normalité démocratique où tout se déroulera à travers des canaux acceptables après que, durant une période d'exception, ait eu lieu une mise en ordre. Tout ceci, loin de participer d'une anomalie étrange, est un exemple clair de la nature de la Loi et de l'Etat capitaliste en général (et du régime politique espagnol de 1978 en particulier) qui défait d'un trait de plume toutes les visions fétichistes et niaises de la loi, de la légalité et des institutions, auxquelles nous nous sommes tellement habitués en période de normalité routinière. Nous assistons, sans aucun doute, depuis quelques semaines, à un cours accéléré et pratique de théorie de l'Etat, qui oblige au mûrissement stratégique accéléré d'un mouvement [pour l'indépendance catalane] dans lequel le sentiment communément admis avait écarté toute idée de choc avec l'Etat au profit d'une aimable idée de déconnexion 1/.

2. La courte aventure du nouveau PSOE. L'envol du nouveau Pedro Sánchez a été court. Sa victoire aux primaires du PSOE, en mai dernier, contre tout l'appareil du parti et du pouvoir médiatique et financier a indubitablement été un événement sans précédent. Son triomphe a certes exprimé une importante et bien réelle dynamique de fond, une rébellion par en bas qui montrait l'ampleur de la crise, là aussi, sans précédent du parti, mais  Sánchez a toujours été un imposteur qui s'est réinventé en chevalier défenseur des intérêts de base du parti et en croisé des valeurs de la gauche pour canaliser de façon opportuniste le malaise interne à l'organisation et reprendre le secrétariat général. 
 

Si la nouvelle équipe de Sánchez n'a jamais eu un projet solide de rupture avec le social-libéralisme, elle jouissait, en revanche, d'une relative autonomie politique vis-à-vis du pouvoir économique et médiatique et de l'appareil d'Etat qui lui permettait de s'orienter vers une alliance avec Podemos, en outre dans la confiance que son tournant discursif à gauche réduirait progressivement l'espace de la formation de Pablo Iglesias 2/.

Face à la crise catalane cependant, Sánchez s'est plié à la "raison d'Etat". A cette raison d'Etat à la mentalité court-termiste, immédiatiste, qu'incarnent l'élite politico-financière espagnole en général et sa fraction la plus droitière en général, incapables qu'elles sont de penser un projet d'Etat viable.

Il s'agit d'une "raison d'Etat" qui ne sait qu'affronter de façon autoritaire la "crise catalane" et l'utiliser comme un facteur de cohésion politique temporaire pour renforcer les piliers fissurés du régime politique sans aborder aucune des causes qui l'ont affaibli et sans même dessiner une lampédusienne [cf le célèbre "Tout changer pour que rien ne change" du Guépard] autoréforme par en haut. Le PSOE s'est enchaîné, en position subalterne, à un bloc réactionnaire sans pouvoir le contrôler. Il se peut que Sánchez se soit épargné de subir la pression médiatique et financière qu'aurait suscitée la moindre hésitation de sa part, mais la tranquillité à court terme ainsi acquise peut devenir, à la longue, un problème. Agir en homme d 'Etat quand on ne dirige ni le processus ni les tempos, en fait rien de rien, ne rapporte guère en général trop de bénéfices et concurrencer la droite sur sa politique de la main de fer, non plus.
 

3. La solitude démocratique de Podemos. Face au bloc serrant absolument les rangs, composé des PP-PSOE-Ciudadanos, de tous les pouvoirs de l'Etat avec le Roi en première ligne, du pouvoir financier et des principales entités médiatiques, Unidos Podemos navigue à contrecourant en incarnant en solitaire une position démocratique. Une position sans doute limitée et non exempte de contradictions et d'erreurs (en particulier la tiédeur manifestée lors du référendum du 1er octobre), mais la politique de Podemos représente au moins une exception démocratique digne à souligner.

La dynamique interne du parti fait apparaître cependant une donnée à prendre en compte : ses structures intermédiaires, régionales et locales (à l'exception donc de la direction catalane), semblent résister pire à la pression du contexte et plus s'adapter à l'espagnolisme dominant que le noyau central de la direction, avec à sa tête Pablo Iglesias. Nous avons là la énième preuve de l'échec du modèle organisationnel et politique de la formation violette. Un échec organisationnel car le verticalisme, le centralisme et l'autoritarisme ont découragé depuis longtemps nombre de ses meilleurs cadres, ont réduit au silence des voix critiques et promu dans les structures locales et régionales des opportunistes sans principes ni qualités en dehors de leur loyauté à la direction centrale. Un échec du modèle politique car le tacticisme électoraliste et la centralité de la communication politique ont relégué les principes programmatiques et délaissé la formation des cadres, sauf sur les questions techniques ou de communication. Ni les militants ni les responsables intermédiaires n'ont reçu la moindre éducation politique sur la question nationale, pas plus que sur son rapport à la crise de régime, au-delà des déclarations générales sur le pari en faveur d'un Etat plurinational, très peu concrétisé et inséré dans quelque tradition historique et théorique que ce soit. Quand la situation s'est tendue et que la crise catalane s'est accélérée, de nombreux dirigeants intermédiaires et la base du parti se sont retrouvés désarmés politiquement et devant des difficultés à suivre la ligne ou à la défendre activement vers l'extérieur. La superficialité de la politique électorale-communicative, bien que composée avec courage par en haut, bute ainsi sur les complexités de la politique réelle.

L'Espagne, c'est par le sang qu'elle s'impose à vous

4. Implications. Il est impossible de faire un pronostic sérieux sur ce que sera le dénouement de l'Octobre catalan, mais on peut clairement affirmer que, quoi qu'il arrive, son impact débordera le cadre de la Catalogne. Il est sûr que l'attaque contre les institutions catalanes annoncée par Rajoy constitue une escalade répressive sans précédent. Si l'Etat espagnol sort victorieux, cela aura, sans aucun doute, des implications pour le modèle politique de l'ensemble de l'Etat espagnol et, de façon plus indirecte, pour celui des autres pays européens. Son triomphe aura élargi le champ du possible pour le pouvoir, de ce qui est officiellement tolérable dans le contexte européen, de ce qui peut se faire dans des moments limite. Ce triomphe ouvrira la voie au nouveau tour de vis autoritaire des jours à venir et rendra encore plus facile qu'implosent les mécanismes démocratiques institutionnels qui, avec l'arrivée de la crise, ont déjà été percutés dans tout le continent, en particulier dans sa périphérie méditerranéenne. Si l'Octobre catalan est réglé par la voie de la répression et de l'autoritarisme, d'autres crises politiques, quelle que soit leur nature, seront traitées de la même façon expéditive.


5. Dans la dimension inconnue.  Les défis du moment en termes catalans sont clairs. D'abord, avoir un agenda propre en positif, au-delà de la défense des institutions catalanes, qui devrait se concrétiser autour des objectifs de la République Catalane et du processus constituant catalan. Deuxièmement, maintenir l'unité du bloc qui a rendu possible les 1er [jour du référendum] et 3 octobre [jour de la grève générale et de la "grève civique"] et qui inclut le mouvement indépendantiste, un secteur plus large, démocratique et "rupturiste" et, si c'est possible, l'élargir à Catalunya en Comú [parti, puisant quelque peu ses racines dans le mouvement des Indigné-es, constitué à partir de la victoire de Ada Colau à la mairie de Barcelone] qui devra décider s'il continue à ne participer qu'à la lutte antirépression et démocratique ou s'il tente de définir et d'impulser une feuille de route constituante. Troisièmement, renforcer un bloc pour la rupture non processiste [non réduit à la défense du "procés", le processus indépendantiste] qui propose à la fois une politique unitaire en direction du gouvernement catalan, de l'Assemblée Nationale Catalane (ANC) et de l'Omnium [les deux principales organisations de masse de l'indépendantisme dont chacun des deux dirigeants a été récemment emprisonné] ainsi qu'une politique de pression et de débordement par en bas 3/.

Unité et fermeté dans les objectifs. Deux défis cruciaux pour avancer sur un terrain aussi incertain qu'inouï. Nous entrons dans la dimension inconnue.

Josep Maria Antentas est professeur de Sociologie de l'Universitat Autònoma de Barcelona (UAB), il fait partie du Conseil Editorial de viento sur

1/ Sur les limites stratégiques de l'hypothèse de la déconnexion, voir : Antentas, Josep Maria (2017). “Días decisivos” ["Jours décisifs"], 25 septembre. Disponible ici: http://vientosur.info/spip.php?article13036.

2/ Pour une analyse plus détaillée de la signification de la victoire de Sánchez : Antentas, Josep Maria (2017). "Resurrecciones e imposturas de Pedro Sánchez" ["Résurrections et impostures de Pedro Sánchez], Público.es 22 mai. Disponible ici: http://blogs.publico.es/tiempo-roto/2017/05/22/resurrecciones-e-imposturas-de-pedro-sanchez/

3/ Je développe plus ces questions ici : Antentas, Josep Maria (2017). “Tribulaciones del Octubre catalán” [Tribulations de l'Octobre catalan] 15 octobre. Disponible ici: http://vientosur.info/spip.php?article13108

Traduction : Antoine Rabadan

Illustrations par NPA 34

Texte original sur le site de Viento Sur : Golpe de Estado desde el Estado

Infos du jour

Tensions dans le bloc indépendantiste : à moins de 24 heures de ce qui devrait être le vote de l'indépendance par le Parlament (l'autre option serait une simple proclamation par le President), une partie du Govern et des secteurs du PDeCat, avec, à leur tête, l'ex President Artur Mas, sont au bord de la rupture et pourraient présenter leur démission des responsabilités qu'ils occupent si ce vote avait lieu.


En revanche le President a reçu l'appui du groupe parlementaire de sa coalition Junts pel Sí, mais aussi d'ERC, de la CUP, de l'ANC et d'Omnium pour qu'il tienne l'engagement validé par référendum le 1er octobre. Carles Puigdemont semble pencher vers eux quand il déclare, après avoir renoncé à se présenter devant le Sénat, " Nous ne perdrons pas de temps avec ceux qui ont décidé d'en finir avec notre autogouvernement"

Nous en saurons plus demain à partir de 17h, heure d'ouverture de la session du Parlament mais surtout à 18 h quand le President prendra la parole devant l'assemblée. Lire ici 

Les Comités de Défense du Référendum (CDR, appelés péjorativement par certains "les Cubains"!) ont tenu un rassemblement au centre de Barcelone, en préambule de la grande manifestation de vendredi à midi, moment où, selon eux, devrait être votée ou actée l'indépendance.  Leur objectif : contrebalancer les manoeuvres institutionnelles  cherchant à dissuader Carles Puigdemont de tenir l'engagement en faveur de l'indépendance et de la République au profit de la tenue d'élections censées bloquer le "155".

Leur slogan principal était "Ni 155, ni élections. La République, c'est maintenant !". Lire ici 

Carolina Bescansa, l'une des membres du groupe fondateur de Podemos, qui, lors du dernier congrès, avait pris ses distances de Pablo Iglesias, a été destituée de son poste à la Commission de la Réforme Constitutionnelle du Congrès des députés. Elle a vertement critiqué que, sur la situation en Catalogne, Podemos parle trop aux indépendantistes et pas à l'Espagne. Lire ici
 
24 octobre

Ci-dessous une entrevue de Anna Gabriel de la CUP



Ce matin les médias espagnols se faisaient l'écho des pressions dans l'entourage de Carles Puigdemont pour qu'il ne proclame pas l'indépendance. Ils tentaient d'évaluer, sans bien y parvenir, le rapport de force entre les intransigeants, telle la 'Consellera'  ["ministre" du Govern] de l'Enseignement, qui proposerait de supprimer les droits d'inscription aux universités et les péages d'autoroute, pour ... favoriser les mobilisations de rue, et les "souples", parmi lesquels le très influent 'Conseller' des Entreprises et de la Connaissance, Santi Vila, qui aurait mis sur la table sa démission, ce qu'il a aussitôt nié. Les mêmes pressions contre la DUI [Déclaration Unilatérale d'Indépendance] monteraient dans le PDeCAT, le parti du President.  Lire ici

Ce soir c'est pourtant la confirmation, par la coalition majoritaire au Parlament Junts pel Sí (PDeCat et ERC), de sa volonté que soit proclamée l'indépendance "comme moyen défensif pour éviter que l'Etat ne nous écrase", qui retient l'attention. Son document est centré sur l'appel à la population pour organiser la résistance en soulignant que, sans elle, les institutions n'y arriveront pas. A cet effet, entre aujourd'hui et jeudi, les parlementaires de Junts pel Sí iront à la rencontre des gens sous l'égide de l'ANC. 

 155. Et maintenant que faire ?

Des actions d'information

Cette position de fermeté adressée à la population pour qu'elle s'y rallie pleinement et en confiance, sans exclure de continuer à en appeler au dialogue, dit aussi ce qu'il en sera des élu-es de cette coalition au Parlament jeudi, c'est le jour J : ils/elles seront volontaires pour réaliser le vote historique. Façon, pour la coalition qui est le principal soutien du Govern, de peser pour contrecarrer les  manoeuvres des opposants, à l'intérieur de celui-ci, à la DUI, sur Carles Puigdemont ? Le fait est que le porte-parole du Govern a continué à se montrer très évasif sur la réponse qui sera apportée au décret d'application du "155". Lire ici

En sens contraire une politique des petits pas, cherchant visiblement à favoriser la démarche des "tièdes" du Govern, se met aussi en place du côté du gouvernement central avec l'invitation adressée par le président du Sénat au President pour qu'il vienne s'exprimer, soit jeudi devant la commission sénatoriale en charge de la préparation du "155", soit vendredi dans la plénière de  cette assemblée. Dernier quitte ou double proposé au Catalan pour se rendre... aux arguments de Rajoy qui pourrait faire le déplacement pour débattre avec lui. Lire ici

Derrière les petits pas, l'énorme menace

 Dans le même temps, dialectique du chaud et du froid, le Gouvernement a averti Carles Puigdemont que l'annonce d'élections anticipées n'empêcherait pas l'article "155" de s'appliquer. Ce qui, petite lézarde dans la bonne entente existant entre le PP et le PSOE, amène celui-ci à jouer, certes à peu de frais, la carte de l'ouverture : pour lui, le choix de procéder à ces élections, bloquerait le "155". Lire ici  Pas de quoi fouetter un chat socialiste mais un petit coup de main à un PSC qui, vu les tensions existant en Catalogne, n'arrivait pas à suivre Pedro Sánchez dans ses exhibitions musculaires en force d'appoint au PP contre les Catalans ! Lire ici
 
Je suis toujours ouvert au dialogue ! Vous m'entendez ?


En conférence de presse aujourd'hui la CUP a dit son opposition à l'idée de convoquer des élections anticipées. Il n'y a désormais d'élections acceptables, pour cette organisation anticapitaliste, que "républicaines". De façon assez surprenante et un brin énigmatique, le porte-parole cupero a indiqué qu'un vote parlementaire n'était pas la "seule voie pour rendre effective l'indépendance".

Enfin, après avoir rejeté toute participation à un "gouvernement de concentration" [indépendantiste], la CUP a assimilé l'utilisation du "155" à un coup d'Etat en bonne et due forme" ! Lire ici

 La CUP ? Une entrevue avec l'une de ses dirigeantes, Anna Gabriel (publiée en juillet 2017)


Pour bien des libertaires, l’idée de l’État-nation est un concept intrinsèquement lié au nationalisme, à l’exclusion et aux conflits entre États. Comment penser l’émancipation tout en pensant en termes de nations ? 

Si l’on se penche sur l’histoire de la Catalogne, on constate que ces aspirations indépendantistes n’ont rien à voir avec ce type d’imaginaire. Il faut aussi faire l’effort de décoloniser ses pensées : ne pas accepter ces aspirations, c’est aussi accepter ce qui existe déjà, c’est-à-dire l’État espagnol — qui est, lui, la pire des constructions. L’absence d’un projet alternatif équivaut à rester dans ce qui existe. Je n’arrive pas à comprendre comment dans une vue anticapitaliste ou libertaire des choses, on ne puisse pas voir l’opportunité révolutionnaire que nous posons sur la table. La République catalane sera-t-elle démocratique, égalitaire, féministe ? Nous ne le savons pas. En revanche, nous savons que tout cela est impossible au sein de l’État espagnol. […] 

Pour nous, il n’y a pas de hiérarchie entre la question nationale et la question sociale. Nous travaillons tous les jours en faveur de la justice sociale. Très souvent, au Parlement, nous ne soutenons pas les propositions du gouvernement, que ce soit lié aux questions d’éducation, de santé, ou d’autre chose. Parfois, nous restons isolés, par exemple lorsque nous demandons la nationalisation des infrastructures ou lorsque nous faisons des propositions destinées à combattre la corruption. Nous considérons que ce processus d’autodétermination est une rupture avec l’État, mais qu’il peut aussi l’être avec le système économique. Nous travaillons pour réussir à convaincre beaucoup de gens que l’indépendance ne signifie pas seulement changer de drapeau ou de langue officielle. Non, c’est un processus de démocratisation, surtout à un moment où dans l’Union européenne, il n’y a pas tellement d’options progressistes. La Catalogne pourrait devenir une sorte d’exemple à suivre au niveau européen. Cliquer ici

 Merveilleux

Le Roi : J'étais en train de penser que Puigdemont et Junqueras...On pourrait leur mettre les fers aux pieds, les foutre au pain sec et à l'eau, aux oubliettes que je ferais construire dans mon hôtel personnel, comme sous les monarchies du bon vieux temps !

Rajoy : Je prends note ! Je prends note !

Sáenz de Santamaría (vice-présidente du gouvernement) : (Ce truc du 155, est en train de nous échapper des mains).

Rajoy : (Oui,, n'est-ce pas merveilleux ?") 

 L'argumentaire de Junts pel Sí
(envoyé et traduit par Pierre de Toulouse)



‘Proclamar la independència en legítima defensa’: la decisió de Junts pel Sí pel ple del parlament. 

« Proclamer l’indépendance en légitime défense » : la décision de Junts pel Sí pour la plénière du Parlement. 

‘Hem de proclamar la independència per fer efectiva la voluntat dels catalans expressada a les urnes, diu l’argumentari que ha distribuït el partit entre els seus diputats 

« Nous devons proclamer l’indépendance pour rendre effective la volonté des Catalans exprimée dans les urnes », affirme l’argumentaire que le parti a distribué parmi ses députés. 

Junts pel Sí té clara la postura que ha de prendre el partit en el ple de dijous al Parlament de Catalunya: ‘Cal proclamar la independència com a via defensiva perquè l’estat no ens esclafi. Fer-ho en legítima defensa’. Així ho diu el document al que ha tingut accés VilaWeb que la coalició distribueix entre els seus diputats amb un resum d’argument i indicacions per a les xerrades que es fan avui i demà arreu del Principat. 

Junts pel Sí a clarifié la position que le parti doit prendre en séance plénière jeudi au Parlement de Catalogne : « Nous devons proclamer l’indépendance comme une voie défensive afin que l’Etat ne nous écrase pas. Faisons-le en légitime défense. » C’est le document auquel VilaWeb [cliquer] a eu accès, que la coalition distribue parmi ses membres avec un résumé des arguments et des indications pour les pourparlers qui ont lieu aujourd’hui et demain dans toute la Communauté. 

El text fa referència a la importància de la gent de cara a fer efectiva la independència i evitar l’aplicació de l’article 155. ‘Fins ara, les institucions han fet la feina, conjuntament amb l’ajuda de la gent, i ara tampoc ho podran culminar soles. Depèn de tu. Depèn de tots’, diu aquest argumentari.


Le texte fait référence à l’importance des gens pour rendre l’indépendance effective et pour éviter l’application de l’article 155. « A ce jour, les institutions ont fait le travail, avec l’aide des gens, mais maintenant elles ne pourront pas aboutir seules. Ça dépend de toi. Ça dépend de tous », proclame l’argumentaire.


El document posa èmfasi en el ple del 10 d’octubre, en el que Puigdemont va decidir de proclamar la independència per a després suspendre-la automàticament a instàncies de la comunitat internacional. ‘Vam deixar en suspens el resultat del referèndum a ulls de tot el món. No com una mostra de debilitat sinó seguint la petició de la comunitat internacional’. La coalició independentista conclou que aquesta aporta pel diàleg va ser ‘ben rebuda’ a ulls del món i ha fet més evident ‘la cara real de l’estat espanyol, que mai ha volgut seure a negociar res’.



Le document met l’accent sur la séance plénière du 10 octobre, au cours de laquelle Puigdemont a décidé de proclamer l’indépendance puis de la suspendre aussitôt à la demande de la communauté internationale. « Nous avons laissé le résultat du référendum en suspens aux yeux de tous. Pas comme une manifestation de faiblesse, mais à la demande de la communauté internationale. » La coalition indépendantiste conclut que cette contribution au dialogue a été « bien reçue » aux yeux du monde et a rendu plus évidente « le vrai visage de l’Espagne, qui n’a jamais voulu s’asseoir pour négocier quoi que ce soit ». 



L’ANC i Òmnium Cultural han organitzat més d’un centenar d’actes arreu del Principat on intervindran diputats de JxSí i de la CUP per a explicar el ‘futur immediat’ de Catalunya. En aquests actes, JxSí defensarà la validesa dels resultats del referèndum del primer d’octubre. També denuncia la repressió, la negació de qualsevol mediació i negociació, l’empresonament de Jordi Sànchez i Jordi Cuixart i la voluntat de suspendre la Generalitat i el Parlament de Catalunya amb l’article 155.



L’ANC et Òmnium Cultural ont programmé plus d’une centaine d’assemblées dans toute la Communauté, où interviendront les députés de Junts pel Sí et de la CUP pour expliquer le « futur immédiat » de la Catalogne. Dans ces assemblées, Junts pel Sí défendra la validité des résultats du référendum du 1er octobre. La coalition indépendantiste dénonce également la répression, le refus de toute médiation et négociation, l’emprisonnement de Jordi Sànchez et Jordi Cuixart et la volonté de suspendre la Generalitat et le Parlement de Catalogne avec l’article 155.



Així doncs, Junts pel Sí aposta per aixecar la suspensió dels efectes de la Declaració d’Independència al ple que començarà dijous i que pot acabar divendres com a resposta a l’article 155 i a la voluntat del govern espanyol de liquidar l’autogovern de Catalunya.



Par conséquent, Junts pel Sí prévoit de lever la suspension des effets de la Déclaration d’Indépendance en séance plénière, qui débutera jeudi [26 octobre] et se terminera vendredi, comme une réponse à l’article 155 et à la volonté du gouvernement espagnol de liquider l’autogouvernement de Catalogne.
 

155. Va pour le bordel ! Le sort en est jeté !

(A partir de la célèbre phrase "alea jacta est", le sort en est jeté, de Jules César franchissant le Rubicon, jeu de mot entre le latin alea et l'espagnol jaleo qui signifie esclandre, raffut, tapage, scandale...)

Longue veillée d'arme...

23 octobre 

Etre aux 100 coups, faire les 400 coups face au coup du 155 ?



Les infos se bousculent, sans surprise, à l'orée de cette semaine de toutes les tensions, de tous les dangers pour la démocratie et pour les droits du peuple catalan. En vrac :


- le President, Carles Puigdemont envisage, comme la Constitution l'y autorise, de se rendre au Sénat, réuni en session extraordinaire vendredi, pour voter le "155", pour y présenter ses observations sur la situation en Catalogne et récuser qu'il soit recouru à cet article constitutionnel pour y apporter une solution. La décision du dirigeant catalan n'est pas arrêtée car autour de lui les réticences sont nombreuses. Nous, à sa place, si nous pouvons nous permettre cette familiarité, nous réfléchirions à deux fois avant de faire le voyage de Madrid, surtout si, comme cela semble prévu, la DUI (Déclaration Unilatérale d'Indépendance) a préalablement été votée par le Parlament, avant que ne siège le Sénat, vendredi car ...


- ... le Procureur général de l'Etat, dont on ne doit pas oublier l'illégitimité dont il a été frappé par le Congrès des député-es en mai dernier (1), a clairement demandé que le President soit arrêté dès que la DUI deviendra effective.


(1) José Manuel Maza, mais aussi le ministre de la justice, ont subi les foudres des député-es pour avoir interféré dans les procédures engagées, pour corruption, à l'encontre de personnalités du Parti Populaire, le parti gouvernemental. Très significativement, quant à l'argument de "la démocratie" et du respect du droit utilisé par ce gouvernement contre la Généralité, ces deux pièces maîtresses de la "Justice" (on nous pardonnera de mettre des guillemets) sévissent toujours malgré la récusation qui leur a été infligée par 207 voix contre 134 (lire ici en espagnol). Et c'est l'un d'eux, le procureur, qui se charge d'inciter, au nom de l'Etat, les juges à appliquer strictement la ... loi en Catalogne, en particulier en ordonnant l'arrestation de Carles Puigdemont et, tant qu'à y être, de tout le Govern ! (lire ici).

- la numéro 2 du gouvernement, Soraya Sáenz de Santamaría, première responsable de la répression qui s'est abattue sur ceux et celles qui voulaient voter le 1er octobre, soutient que l'application du "155" pourra être prorogée bien au-delà des six mois qui sont de règle.

- Le Parlament se réunira en séance continue jeudi (où devrait être votée la DUI) et vendredi. Il va engager des recours en justice contre le projet du gouvernement de suspendre l'Autonomie catalane. Il a également convoqué les 8 sénateurs/-trices de l'Autonomie pour qu'ils/elles lui présentent les positions qu'ils/elles défendront lors de la séance du Sénat vendredi. Deux sont du CDC, aujourd'hui PeDCAT, deux de l'ERC, un de Ciutadans (Ciudadanos), un (exPresident) du PSC, un du PP et un de CSQP (un regroupement autour de Podem).

- Pablo Iglesias a écrit une lettre ouverte aux adhérent-es de Podemos. Il y rappelle la position du parti en faveur d'un référendum négocié en Catalogne qui est la seule façon de permettre ... que la Catalogne continue à faire partie de l'Espagne en bénéficiant de plus d'autogouvernement.

Il se prononce contre la suspension de l'autogouvernement catalan, un acquis, selon lui, parmi les pactes cruciaux (sic) de la Transition, à savoir la réinstauration de l'institution républicaine de la Généralité, laquelle réinstauration a permis l'appui donné en Catalogne à la Constitution  espagnole. La décision du gouvernement est une attaque contre les fondements mêmes de la démocratie espagnole.

Il dénie toute légitimité à une déclaration d'indépendance à partir des résultats électoraux ayant configuré le Parlament en 2015 : ils légitimaient de gouverner pas de se déclarer indépendants.

Il accuse le "bloc monarchique" de "casser" l'Espagne plutôt que de risquer d'avoir Unidos Podemos [alliance entre Podemos et Izquierda Unida] au gouvernement. Les élites, pour conserver leurs privilèges et leur impunité, mettent en danger l'intégrité territoriale du pays. En intégrant ce scénario d'appui au PP, le PSOE a renoncé à diriger un Gouvernement [avec Unidos Podemos].

Emporté par son élan, le leader de Podemos retrouve sa filiation, quelque peu égarée dans les méandres institutionnels, avec le mouvement des Indigné-es, à travers laquelle il faut renouer avec un esprit républicain débarrassé de ses nostalgies. C'est la démarche constituante du 15M qui doit impulser la nouvelle Espagne, une Espagne sociale, républicaine et plurinationale. Visiblement l'alignement récent du Roi sur le PP contre la Catalogne a convaincu Pablo Iglesias de sortir de son idée que la question d'un dépassement de la monarchie n'était pas d'actualité !

Mais c'est la palme du confusionnisme qui revient au secrétaire à l'Organisation, numéro 2 de Podemos, Pablo Echenique, pour qui, à l'orée d'une seconde Transition ultraconservatrice emmenée par le Roi, il convient de rappeler que la première Transition avait été un "processus réussi en termes politiques car il n'avait laissé personne dehors". Y compris et surtout, ajouterons-nous, tous les responsables franquistes amnistiés et les élites économiques, à eux associées, qui ont reconduit démocratiquement leurs rapports de classe institués par 3 ans de guerre civile et renforcés par 40 ans de dictature. Quant aux familles de Républicain-es qui continuent à rechercher, malgré une très tardive et limitée loi de la Mémoire Historique, par ailleurs complètement dévitalisée par le PP, dans les fosses éparpillées dans tout le territoire, les restes de leurs parents fusillés et enterrés comme des chiens par les franquistes, elles seront touchées (et avec elles ceux et celles qui, toujours en vie, voient leurs tortionnaires profiter de leur impunité) d'apprendre que la "Transition démocratique" n'a laissé personne dehors ! Il est vrai que Echenique ne disait pas "dessous" ! Décidément la direction de Podemos a toujours, malgré sa toute récente conversion républicaine (mais "tournée vers l'avant", trêve de "nostalgies"), un problème avec un passé espagnol qui ne passe pas ... comme en témoigne la situation qui prévaut aujourd'hui en Catalogne ! Renouer avec un fil rouge pour finir par en faire un noeud...(Lire ici)

Médias en pétard


- réunis en assemblée générale, les travailleurs/-ses de la chaîne publique TV3, qui sera mise sous contrôle "155" de l'Etat espagnol, ont déclaré qu'ils/elles ne reconnaîtront pas l'autorité des responsables que désignera Madrid. Seul le Parlament est habilité, selon eux/elles, à prendre les décisions de nomination ad hoc pour la chaîne et les mesures annoncées par Rajoy sont une atteinte au droit à l'information des citoyens.


Les personnels de TV3 ont reçu l'appui de ceux de la chaîne publique nationale, RTVE [Corporation de Radio et Télevision Espagnole dont TVE et RNE sont les filiales], qui s'élèvent contre l'atteinte à l'indépendance des médias publics  que signifient ces mesures. Le comité d'entreprise de RTVE met, dans la foulée, le doigt là où cela fait mal : "Il est intolérable que soit mis en place un contrôle par ce gouvernement de l'Etat qui se distingue, par ailleurs, par un lamentable degré d' interventionnisme dans les médias qu'il a sous sa responsabilité, comme le dénoncent depuis longtemps les travailleurs de RTVE". Et d'enfoncer le clou : "Il y a un paradoxe à vouloir prendre le contrôle de TV3 sous le prétexte, selon le Gouvernement, d'y garantir une information vraie, objective et équilibrée alors qu'il ne  respecte pas ce mandat à RTVE" ! Fermez le ban ! (Cliquer ici)

De leur côté, les syndicats Commissions Ouvrières et UGT de cette même RTVE ont émis un communiqué spécifique assurant les travailleurs de TV3 de leur appui et de leur solidarité. Ils indiquent que "le PP n'a aucune crédibilité quand il défend la prise de contrôle du principal média de Catalogne" sous les arguments de la vérité, de l'objectivité et de l'équilibre de l'information : "Dans les cinq dernières années de  la gestion de TVE, RNE et des médias interactifs iRTVE pendant lesquelles le Gouvernement Central a pris le contrôle de la ligne éditoriale des informations, les dénonciations pour manipulation de l'information se sont multipliées."  "Partout où il en la gestion, le Parti Populaire ne permet pas que l'information soit vraie, objective et équilibrée"; ce parti et le Gouvernement de Rajoy "se caractérisent précisément par leur façon de subordonner les médias publics au pouvoir politique et par l'atteinte ainsi induite au pluralisme politique et social dont ils ont reçu mandat de le respecter" (Lire ici). Les Conseils de Professionnels de l'Information de RTVE sont sur les mêmes positions et se permettent de rappeler que "Les moyens de communication publics doivent être au service des citoyens, jamais des gouvernements" ! Les hérauts de la démocratie constitutionnelle espagnole, prêts à en découdre pour ramener à la raison démocratique les Catalans, sont habillés pour l'automne ! Il y a décidément des "155" qui se perdent à Madrid même !

22 octobre

En vue : 155 versus déclaration unilatérale d'indépendance et élections anticipées ?

La démocratie c'est l'autodétermination!


Minuit

Coup de poker de Puigdemont ?

Le site El Confidencial, très nettement défavorable aux indépendantistes mais d'habitude bien informé, affirme que Puigdemont, appuyé par Junts pel Sí et la CUP, jouerait coup double, vendredi, lors de la session du Parlament qui se tiendra au même moment que la séance du Sénat qui doit donner son approbation au "155" gouvernemental : proposition que les député-es votent la DUI (Déclaration Unilatérale de l'Indépendance) et, décision, contre ce qui jusqu'ici était dit par des sources de la Généralité, d'une date pour des élections anticipées à l'Autonomie catalane que les indépendantistes qualifieraient de "constituantes". 

Cette perspective semble prendre de court le site en question et, selon ce qu'il rapporte, le gouvernement central lui-même. L'objectif de Puigdemont et de ses soutiens serait de bloquer, par cette décision de convoquer des élections, l'application du "155" que la DUI rendrait pourtant encore plus nécessaire aux yeux de Rajoy. Le trouble gagnerait aussi les constitutionnalistes qui, à cette heure, s'interrogeaient sur l'instance qui primerait sur l'autre dans ce cas de figure : un President jouissant, avant la ratification du "155" par le Sénat, de ses pleins droits et pouvoirs et dont apparemment la décision de convoquer des élections serait frappée du sceau de la légalité, serait donc inattaquable et ainsi rendrait inconstitutionnelle toute application du "155" ? Ou le Sénat, où le PP a la majorité absolue, qui, étant la Chambre Haute dans la cartographie institutionnelle, pourrait dérouler, comme prévu, la procédure de mise en route du "155".

La monarchie parlementaire espagnole, jouant à fond des ressorts autoritaires, jusque là placés en réserve, que la bien nommée Transition avec le franquisme a su placer au sein de la Constitution, vient de prouver qu'elle pouvait déroger à ses propres règles constitutionnelles, par exemple, en promouvant un "155" de fait, avant l'heure, contre la Catalogne dans les jours précédents le référendum et pendant le référendum, donc avant tout aval du Sénat qui est la seule instance légalement reconnue pour  prendre une telle décision. Et il ne serait pas étonnant que Madrid tranche dans le même sens le dilemme auquel la confronterait la carte que s'apprêterait à sortir Puigdemont ! Au risque, selon El Confidencial, d'indisposer, pour la première fois de ce conflit, une Union Européenne qui serait attachée, nous dit-on, au respect de la légalité.

Des limites et incertitudes des manoeuvres sur le terrain miné des institutions tenues par des "démocrates" jamais bien émancipés de leurs prémices franquistes (voir leur refus que soit fait le procès de la dictature et que soient annulées les condamnations prononcées par les tribunaux de celle-ci). A suivre. L'article de El Confidencial

22h30

"Le PP, un parti qui représente 8,5% des votes en Catalunya et compte 11 sièges sur 135 au Parlament, gouvernera l'autonomie catalane. Et il le fera grâce à l'appui du PSOE, soit 12,7% des voix et 16 sièges, et de Ciudadanos, 17,9% et 25 sièges. En résumé nous avons 39,1% des voix et 52 sièges contre le total Junts pel Sí et la CUP qui représentent 47,8% des voix et comptent 72 sièges." et qui, majoritaires, ont fait le choix du référendum d'autodétermination. Tiré de El 155 y el sentido común de época: Carl Schmitt va ganando a Antonio Gramsci

Trois incompétents, trois


A gauche Pedro Sánchez (PSOE), à la traîne mais donnant la main à Rajoy : Nous allons te mettre toi President (de la Catalogne) et tes ministres "consellers" (ministres de l'Autonomie catalane) et, toi, tu vas et tu leur dis que tu ne vas pas suspendre l'AUTOGOUVERNEMENT. Non mais à quoi tu pensais ?
Au centre Rajoy (PP, chef du gouvernement de Madrid) : Eh bien... (Juge : AUTO* d'emprisonnement pour le GOUVERNEMENT de Catalogne) 
A droite Albert Rivera (Ciudadanos) ne dit rien, il est toujours un pas devant pour aller à l'affrontement

* Jeu de mots intraduisible littéralement en français entre deux "auto" : Autogobierno et Auto de prisión para el gobierno, soit autogouvernement et décret d'incarcération de gouvernement !


12h40

Le Parti Socialiste des Iles Baléares se prononce contre l'utilisation du "155" en Catalogne et se dit inquiet de voir la direction du PSOE appuyer cette mesure. Le PSC se trouve en position très instable (lire ci-dessous) car cet appui du PSOE met en danger les municipalités qu'il dirige en Catalogne, parfois avec l'appoint de partis qui rejettent totalement le recours au "155". Le maire de Terrasa, l'un des pétitionnaires contre le "155", envisage de démissionner du PSC. 

 Le pas a été franchi par Joan Majó, un ancien ministre de l'Industrie de Felipe González (1982-1996), qui, lui, est un furieux soutien de Rajoy !  Pas simple aujourd'hui d'être socialiste entre le marteau de la revendication nationale catalane et l'enclume de la politique extrémisée unioniste de Rajoy.
Appel à manifester à Madrid

 Rassemblement pour que le peuple catalan puisse décider librement. Non au "155" !

21 octobre 

Lignes de fracture chez les socialistes

Au 155

Rajoy, entouré de son juge et de son patron, montre l'affiche de l'employé du mois dans l'entreprise 155. Il est à gauche et c'est le ravi socialiste Pedro Sánchez, au grand désespoir du centriste, extrémisé très à droite, Albert Rivera (Ciudadanos) qui doit s'estimer mal récompensé de son zèle anticatalan(iste)...

En signe de protestation contre l'approbation du "155" par ses camarades espagnols, la maire socialiste de Santa Coloma de Gramenet (située 8 km au nord de Barcelone, elle est la 9e ville la plus peuplée de Catalogne), Núria Parlon, démissionne de la Commission Exécutive du PSOE où elle y représentait le PSC (socialistes catalans). Elle signe également avec trois autres maires catalans un appel, cette fois au PSC, à refuser de soutenir le "155". 

La porte-parole de ce parti, tout en réitérant le rejet, par les socialistes catalans, de toute DUI (Déclaration Unilatérale d'Indépendance), a, en quelque sorte, répondu favorablement à cette demande de refuser de soutenir le "155" et a annoncé que donc le PSC ne donnera pas un chèque en blanc au parti frère, le PSOE, au Sénat, sur le vote de cet article. Le PSC ne voit comme porte de sortie de la crise que la poursuite des efforts en faveur du dialogue entre les parties en conflit et la convocation d'élections anticipées au Parlament. Rappelons que la maire de Barcelone, Ada Colau (Catalogne en Commun), qui ne fait majorité que grâce à l'appui du PSC, envisageait sérieusement de rompre l'accord avec son partenaire s'il appuyait le "155"... 

 La séparation des pouvoirs à l'espagnole

 (envoyé par Miguel S)

Les ondes (de choc) de la désobéissance civile et professionnelle...

Les travailleurs de la station publique catalane Catalunya Ràdio ont fait savoir, par communiqué commun du "conseil professionnel" (des salarié-es) et du comité d'entreprise que, si le gouvernement central "choisissait un nouveau directeur de la station, il ne pourraient que refuser de reconnaître son autorité". Le communiqué porte le titre "Sans médias publics il n'y a pas de démocratie". Par ailleurs les personnels de la chaîne publique TV3 dénoncent les mesures annoncées, attentatoires aux libertés d'expression, d'information et de presse. Sans aller aussi loin dans la désobéissance que leurs collègues de la radio, ils affirment qu'ils resteront fidèles aux mandats du Parlament élu démocratiquement en 2015. Lire l'info en espagnol

Jeux de discours institutionnels sur fond de mobilisation populaire

22h30

Le point sur les événements de la journée.

C'est la version la plus dure du "155" qu'a décidé d'appliquer le gouvernement de Madrid contre la Catalogne. En effet, cet article de la constitution espagnole laissait toute latitude quant à l'extension de la main-mise sur celle-ci et c'est avec la volonté de persévérer dans l'orientation suivie jusqu'ici, la brutalisation du peuple catalan, que ce gouvernement a choisi de frapper le plus largement possible.

Qu'on en juge : il s'arroge la possibilité de dissoudre le Parlement catalan, celle de convoquer, dans un délai maximum de 6 mois, de nouvelles élections régionales (mais il annonce sa volonté d'agir plus vite). A cette fin, il procèdera à la destitution du President, du vice-président et de l'ensemble du gouvernement catalan, le Govern. Par là-même il prend en charge TOUTES les compétences de la Communauté autonome catalane qu'elles s'exercent à travers les médias publics et la police locale (Mossos d'Esquadra), la perception des impôts ou encore les chemins de fer. Pour plus de détails lire (texte en espagnol) La letra pequeña de las medidas de Rajoy para tomar el control de Catalunya

Le comble du foutage de gueule est atteint par cette phrase du chef de gouvernement : "Il n'y a pas suspension de l'autonomie ni de l'autogouvernement, il s'agit de démettre les personnes qui ont mis cet autogouvernement en dehors de la Constitution et du statut d'autonomie". Les Catalan-es auront apprécié...en ayant appris, par exemple, que concrètement les fonctions exécutives de l'Autonomie catalane seront désormais assumées par les Ministères espagnols.

Le Parlament se trouvera, quant à lui, dépossédé de son pouvoir de proposer un candidat à la présidence de la Généralité et donc de tenir tout débat et tout vote d'investiture à cette charge. Il perdra également sa fonction de contrôle des organes assumant le gouvernement de la Catalogne, cette fonction revenant au Sénat. Il sera enfin empêché de prendre toute initiative, toute décision qui seraient jugées par Madrid contraires à la Constitution et au statut d'autonomie.

Voilà le résumé de ce qu'il faut appeler un coup de force inédit depuis le franquisme contre une instance constitutionnellement représentative de la population.

Le président Carles Puigdemont a tenu un court discours télévisé, en catalan, d'où il ressort que face à la "volonté  de Madrid de liquider l'autogouvernement de la Catalogne", il demande, conformément à l'accord réalisé entre Junts pel Sí (coalition entre le PedeCat de Puigdemont et l'ERC de son vice-président Oriol Junqueras) et les anticapitalistes de la CUP, que le Parlament se réunisse le jour même où entrerait en vigueur, par vote du Sénat, le "155", soit vendredi prochain. Lequel "155" serait l'unique ordre du jour de cette session : on notera, à ce propos, que le President n'a pas mentionné dans son discours la possibilité de déclarer l'indépendance, ce que d'aucuns déclarent cependant inéluctable puisque les parlementaires seront appelés, une fois analysée la portée politique du "155", à agir en conséquence. A voir...

Des mots forts ont émaillé ce discours : humiliation, liquidation de la démocratie, auxquelles il faut opposer la défense digne, civilisée, pacifique et s'appuyant sur les discours de raison, des institutions attaquées, mise sous tutorat de la vie publique catalane, directoire télédirigeant, depuis Madrid, la vie en Catalogne, la pire attaque depuis l'abolition de la Généralité par Franco.

Puigdemont a conclu son intervention en s'adressant en espagnol aux démocrates de l'Etat espagnol en les avertissant que c'est la démocratie, bien au-delà de la catalogne, qui est menacée par le "155" imposé à la Catalogne. Enfin, en anglais il a appelé les Européens à soutenir la Catalogne, en cohérence avec ce qu'implique précisément, pour les Catalan-es comme pour les autres, être européens. 

A retenir aussi l'intervention solennelle de Carme Forcadell, la présidente du Parlament, qui, n'hésitant pas à parler de coup d'Etat, a dit la détermination des député-es, à ne pas laisser qu'on leur impose de participer à un parlement croupion. L'offensive "155" de Mariano Rajoy met la défense des institutions catalanes inéluctablement et légitimement au coeur de la mobilisation qui se relance en ce moment dans tout le territoire catalan. Reste que les chances que ladite mobilisation puisse s'enraciner le plus largement possible, en particulier du côté de ceux et celles qui, opposé-es ou indifférentes à l'indépendance, ont montré le 1er octobre, leur volonté de défendre l'expression démocratique du peuple catalan, sont liées à la capacité de favoriser l'auto-organisation et l'expression autonome de la volonté populaire sans indexation sur les logiques purement institutionnelles.  

Désobéissons au 155
Processus constituant
République catalane  

18h30 

Barcelone : la rue réplique au coup de force annoncé par Rajoy

La réponse, à 450 000, dans la rue au coup d'Etat programmé par Madrid contre la communauté autonome de Catalogne

Vue de la manifestation de Barcelone de ce jour

Mariano Rajoy a expliqué en conférence de presse les décisions prises par le Conseil des ministres extraordinaire qui s'est tenu ce matin. Nous détaillerons, en soirée (après le discours, annoncé pour 21 h, du President Carles Puigdemont) ces mesures, dont on retiendra, dans l'immédiat, que pour l'essentiel elles comprennent la mise en route de l'article 155 de la constitution qui ouvre la voie à la prise de contrôle de la Catalogne par l'Etat central. Cette mesure sera effective vendredi prochain lorsque, conformément à la procédure constitutionnelle, elle aura été votée par un Sénat acquis au PP. L'autre décision importante  est la tenue de nouvelles élections régionales en janvier. 

Mais le plus important aujourd'hui est la manifestation monstre qui se tient depuis 17 heures à Barcelone (voir photo) pour la libération des deux Jordis, en défense des droits et des libertés et en riposte aux mesures de Madrid. L'ensemble du Govern ainsi que Ada Colau, la maire de Barcelone, participent à cette manifestation.



 



Cyberattaques en soutien de la Catalogne

Les hackers d'Anonymous ont lancé aujourd'hui l'opération 'Operation Free Catalonia' en bloquant les sites du PP, du Tribunal Constitutionnel et de diverses entreprises espagnoles. D'autres hackers sont également passés à l'action aujourd'hui. Cliquer ici

 Rajoy le putschiste "antiputschiste"

Derrière le char du "155" Pedro Sánchez (PSOE), sur le char, Mariano Rajoy, le chef du gouvernement de Madrid, à droite, en première ligne, appelant à "charger", Albert Rivera (Ciudadanos, pseudo centre, vraie droite très à droite). Mariano Rajoy : "Vraiment je ne comprends pas ces putschistes (les Catalans qui s'autodéterminent contre ce que dit la Constitution)". Cliquer ici

19 octobre

Rajoy va frapper fort, plus fort encore, l'heure de l'indépendance est imminente !

Info reçue ce soir : appel de la Crida por la democracia (Appel pour la démocratie) à faire des retraits bancaires demain entre 8h et 9h en guise de protestation symbolique contre les menaces qui pèsent sur la Catalogne. D'autres actions, dont les manifs de samedi pour exiger la liberté des Jordis, sont en préparation, en particulier du côté des CDR.

Redoublons de solidarité internationale avec le mouvement national catalan !

Malgré une nouvelle, et dernière, lettre au gouvernement espagnol réitérant sa demande de dialogue, Carles Puigdemont a indiqué qu'en cas de maintien par celui-ci de son refus et surtout si le "155" était enclenché, le Parlament catalan serait habilité à faire ce qu'il n'avait pas fait à sa dernière plénière, voter la déclaration unilatérale d'indépendance (DUI). La réponse de Rajoy a été immédiate : la procédure de suspension du pouvoir de l'Autonomie catalane est lancée, seuls restent à régler les aspects techniques (quels ministères piloteront et sur quelles compétences la nouvelle gouvernance) de cette suspension qui devrait se mettre en place, en lien avec d'autres mesures, en particulier répressives, à partir de samedi.

Le putschiste de 1981 est de retour mais en soutien au 155 du gouvernement et en brandissant la Constitution ! 

Tous au sol, ceci est un155 (1)

Il est à noter que la mise au point des détails de cette mesure d'exception est l'oeuvre d'un groupe de travail resserré associant au plus près à l'équipe du Parti Populaire des responsables du PSOE, membres du premier cercle de son secrétaire général. C'est dire le degré de connivence, plus justement, de complicité, qu'il existe, sur une question aussi significative de l'orientation antidémocratique et, pardon pour la redondance, antipopulaire de l'Etat espagnol, entre la "gauche" et la droite. Le masque tombe définitivement sur la réalité du nouveau PSOE qu'était censé incarner Pedro Sánchez : sous son égide de "novateur" ayant opéré, nous disait-on, un tournant à gauche des socialistes, on voit se reconstituer le bipartisme honni que les Indigné-es avaient si fortement et durablement déstabilisé. Les deux forces politiques historiques du système de la Transition, aussi désigné régime de 78, (année du vote de l'actuelle constitution), rescellent le pacte de convergence initial contre le mouvement populaire à l'oeuvre en Catalogne et, par là-même, signifient, avec l'impact de l'unisson retrouvé, à tous les peuples d'Espagne ce qu'il en coûtera désormais de tenter de sortir du cadre posé "constitutionnellement" en 1978, sous le chantage des Forces armées franquistes, pour que se recycle politiquement le pouvoir capitaliste. La crise de 2008 ayant rompu 30 ans de fascination magnétique et de fatalisme apolitique envers le consensus autour de la Constitution, celle-ci mobilise les ressources répressives qu'elle maintenait en réserve dans ses soutes pour faire face à une montée des contestations. La preuve la plus éclairante par la Catalogne, mais on n'oubliera pas les prémices constituées, entre autres, par la tristement célèbre "loi bâillon" (2015, lire ici).

La réactualisation de l'alliance entre le PP et le PSOE se sert de la Catalogne pour lancer un avertissement général  qui ne concerne d'ailleurs pas les seules questions nationales, mais aussi les mobilisations sociales, qu'elles s'y nichent fortement ou qu'elles se développent en dehors de toute logique de revendication nationale. Voilà pourquoi la solidarité avec la Catalogne luttant pour son indépendance est un combat plus large qu'il n'y paraît : celui qui doit viser à faire tomber un régime qui est en pleine dégénérescence politique tant sur les plans (au demeurant liés entre eux) de la corruption ou de l'austérité que des agressions policières, judiciaires, en somme liberticides.

Face à la tentative de division portée à incandescence par le gouvernement central, avec l'appui du monarque, ses alliés de gauche et de droite (Ciudadanos) et la caste médiatique qui leur est associée, entre la Catalogne et le reste du pays et de l'Europe, il nous faut reconstituer le front uni de ceux et celles qui cherchent la voie de l'alternative  à l'existant. Ce front uni doit être inéluctablement aujourd'hui un front de soutien à l'autodétermination catalane qui a parlé et qui a déclaré sa volonté d'être indépendante. Si d'aventure la Catalogne venait à être défaite, ce serait un feu vert qui serait donné à Rajoy mais aussi Macron, Merkel, Juncker ou Draghi pour poursuivre et même accentuer leurs attaques contre l'ensemble des peuples. Ce serait aussi un encouragement donné aux extrêmes droites pour affaiblir les solidarités d'alternative au système et les détourner au profit de leur nationalisme d'exclusion, raciste et xénophobe.

(1) Sur la tentative de coup d'Etat du 23vrier 1981 lire ici

En ce sens, le NPA 34 vous invite à sa réunion publique de demain soir, ouverte à tous et à toutes, pour parler solidarité avec la Catalogne et analyser la portée politique de ce qui s'y passe.

  Cliquer ici

Rajoy et le juge ... et la démocratie

Points de vue raisonnables


 - L'idée c'est : nous contrôlons les juges et les médias, nous appliquons la loi comme ça nous chante, nous réprimons ceux/celles qui protestent, nous négligeons d'écouter qui demande du dialogue et nous gouvernons la Catalogne sans en passer par les urnes. Et si ça prend, on applique à toutes choses.

- Mais ... cela ressemblera à une dictature !

- Ah, ah...non, mon gars, beaucoup mieux, cela ressemblera à une démocratie ! 

Remarque : les deux personnages portent la toge du juge (à forte ressemblance avec feu le dictateur siégeant dans les nuées qui font l'horizon de l'actuelle démocratie espagnole !), Rajoy compris ! Ils portent également le calot  et, sous la toge, l'uniforme militaires !


Dernière minute

 Lu dans les médias de l'Etat espagnol : 
Emmanuel Macron a indiqué ce jeudi que les chefs d'Etat et de Gouvernement de l'UE enverront un message "d'unité autour de l'Espagne" face à la crise politique en Catalogne née du défi indépendantiste. "Il s'agira d'un message d'unité concernant aussi nos Etats membres face aux risques auxquels ils sont exposés".


A lire aussi (de notre camarade Miguel depuis Valencia)


Et aussi

Entretien avec Andreu Coll, militant d’Anticapitalistes, après l’expiration de l’ultimatum de Rajoy contre le gouvernement de Catalogne.
Cliquer ici

18 octobre 

La riposte s'organise : les Jordis dehors, Mariano dedans... !

Des milliers de manifestant-es hier soir : "Liberté pour les prisonniers politiques" !  D'autres manifestations en vue...

Les Jordis en prison

Le PSOE demande au PSC de ne pas se prononcer sur des décisions de justice
 
Pedro Sánchez (secrétaire général du PSOE), qui donne la main au président du gouvernement, Mariano Rajoy (droite), sermonne son camarade catalan du PSC, Miquel Iceta : "A toi de voir mais ils se pourrait bien que ton attitude tombe sous l'accusation de sédition"

Bien comprendre : nous avons écrit ci-dessous "Pedro Sánchez n'hésite pas à prendre à contrepied le parti frère catalan, le PSC, en refusant de s'exprimer contre la décision de la juge de la Audiencia  de décider les emprisonnements que l'on sait. Unis dans l'acceptation du "155", les socialistes catalans et leurs homologues de Madrid, restent prisonniers de leur opportunisme respectif (ne pas aller trop loin dans l'ignominie anti-indépendantiste pour les Catalans/rester au plus près de la dynamique anticatalane qu'a provoquée Rajoy dans le reste du pays pour les autres)"
18 octobre 

 Dernière minute : à quelques heures de l'expiration du délai donné par Madrid avant de prendre le contrôle de la Généralité, le président du Govern, Carles Puigdemont, qui, désormais, loge en permanence dans la résidence officielle du Palau de Barcelone, vient d'être mis sous protection renforcée, 24 heures sur 24, de l'unité d'élite de la police catalane, le Groupe Spécial d'Intervention (GEI). 

Ce déploiement policier est explicitement présenté comme devant prévenir ou même déjouer toute tentative de la police espagnole ou de la Garde Civile de procéder à l'arrestation du President (il est de notoriété publique que le gouvernement espagnol a disposé en Catalogne des commandos de ses unités d'intervention rapide). Tout ceci peut s'apparenter à du bluff, de part et d'autres, mais rien n'est sûr Lire ici

Le bluff, dans ce cas cherchant à "endormir" les indépendantistes, est aussi peut-être dans "l'ouverture" que vient de proposer Rajoy : il n'y aurait pas de "155" si Puigdemont convoquait des élections anticipées au Parlament. Aux dernières nouvelles cette ouverture était démentie par leurs supposés auteurs ! Vous avez dit leurres, intox ?

17 octobre  

Barcelone


Des milliers de manifestant-es dans les rues de Barcelone (200 000) et d'une douzaine d'autres villes (Lleida, Sabadell, Reus, Girona...) ont réclamé ce soir la libération de Jordi Sànchez y Jordi Cuixart. Le nombre de manifestant-es rappelait celui du temps de la grève générale et de la "grève civique", le 3 octobre dernier. Les slogans les plus repris étaient "Liberté pour les prisonniers politiques", "Llibertat" et "Help Catalonia".

Au milieu des anonymes on notait la présence de membres du Govern, de responsables de l'ERC (parti du vice-président de la Généralité, Oriol Junqueras), du PDeCAT (parti du President, lequel était absent),  de la CUP ou encore de Catalunya en Comú (parti de Ada Colau, la maire de Barcelone).

Au moment de la dispersion, Oriol Junqueras a été le destinataire de massifs appels de manifestant-es à ne pas faire de pas en arrière ! Autrement dit à proclamer l'indépendance.


De leur côté, les deux embastillés ont fait passer aux manifestant-es, par leurs avocats, une invitation à rester serein-es, patient-es et calmes dans leurs mobilisations. Ils ont réaffirmé leur détermination à continuer la lutte depuis la prison. D'autres manifestations sont prévues avec, pour point d'orgue, celles de dimanche prochain...

Relevons que, chez les socialistes, leur dirigeant "national", Pedro Sánchez, n'hésite pas à prendre à contrepied le parti frère catalan, le PSC, en refusant de s'exprimer contre la décision de la juge de la Audiencia  de décider les emprisonnements que l'on sait. Unis dans l'acceptation du "155", les socialistes catalans et leurs homologues de Madrid, mais prisonniers de leur opportunisme respectif (ne pas aller trop loin dans l'ignominie anti-indépendantiste pour les Catalans/rester au plus près de la dynamique anticatalane qu'a provoquée Rajoy dans le reste du pays pour les autres), nous servent un sidérant spectacle de politique politicienne qui devrait les éloigner toujours plus de la sortie de leur crise interne qu'augurait, disaient-ils et quelques autres du côté de Podemos, la victoire, aux primaires, du rénovateur Pedro S !

Si l'arrestation des deux dirigeants des organisations de masse de l'indépendantisme fonctionne comme un profond révulsif dans la population, les politiques du mouvement en sont à essayer de se sortir laborieusement de l'impasse dans laquelle ils/elles se sont enfermé-es pour avoir voulu temporiser et explorer le triangle des Bermudes des possibilités de négocier en l'état avec le gouvernement central. Ainsi, si la CUP fait savoir en conférence de presse que l'idée de proclamer prochainement la République et d'appliquer la loi de Transition votée pour aller vers le nouveau régime indépendant, avance dans les négociations qu'elle mène avec la coalition majoritaire au Parlament, Junts pel Sí (JxSí), qui regroupe le PDeCat, l'ERC et quelques autres partis, le Govern, de son côté, ... attend jeudi pour vérifier que Mariano Rajoy et sa bande font la démonstration, par l'activation du "155", qu'ils ne veulent décidément pas négocier ! Ce que les incarcérations d'hier n'ont évidemment pas prouvé ! Attendons (sic) que les prochaines arrestations de membres du Govern et de parlementaires finissent de donner à voir à ces institutionnels à détente lente qu'en face ils/elles font la démonstration, depuis le début, que la prime, en temps de crise, revient à ceux et celles qui, tout en se servant des outils "constitutionnels d'exception", jusque là laissés en sommeil, savent les radicaliser, s'en détacher à bon escient pour frapper toujours plus vite et plus fort (le "155" est déjà dans l'utilisation qui est faite, hors de tout sollicitation du Congrès, de la police et de la justice mais aussi dans les mesures de blocage des finances de la Généralité prises sans que le Sénat, comme il est prévu par la Constitution, ait donné le feu vert qu'il devrait enfin donner jeudi) ! Leçon des choses de la construction d'un rapport de force adapté à l'accélération des contestations dont n'ont rien oublié les héritiers de ceux qui en 1936-39 ont mené la guerre totale contre la République et le peuple d'Espagne ! 
 

Et de tout le reste, on fait quoi ?

En contrepoint beaucoup d'indices semblent témoigner que le centre de gravité de la riposte indépendantiste à Madrid est trop dans les tractations de sommet en grave sous-estimation (à l'exception des CDR, voir note d'hier) du travail au plus près de la population pour organiser les réseaux d'action efficace pour affaiblir et neutraliser le dispositif policier et judiciaire  qui va concrétiser le "155". Pour aussi faire essaimer sur le terrain les structures permettant, contre vents et marées, de donner vie à un processus constituant populaire d'autant plus fort qu'il dépendra le moins possible de ce qu'il adviendra de ses "têtes" politiques, les premières exposées à être frappées par la répression dans la volonté espagnoliste de décapiter l'ensemble du mouvement.

Comment rendre cette utopie concrète ?

 dessin de JERC du jeudi 12 octobre 2017
caricature burro catalan (1)
autodétermination !
www.facebook.com/jercdessin

Les mobilisations de rue qui ont repris ce soir sauront-elles fructifier politiquement en se donnant de l'autonomie et en se dotant de dynamiques d'auto-organisation capables de contrebalancer ces pesanteurs institutionnelles, voire les contrecarrer pour construire la contre-offensive ? Les mécanismes de connexion avec les autres peuples de l'Etat espagnol et du reste de l'Europe pourront-ils enfin être massivement activés ? Telles sont les interrogations qui viennent à l'esprit si l'on songe que jeudi le gouvernement central relancera comme jamais la machine à écraser la révolte. Il vient de donner les signes précurseurs de cette détermination et l'avertissement devrait être on ne peut plus clair... 

(1) Les catalanistes revendiquent le ruc català en tant que symbole catalan, en opposition au taureau, symbole de l'Espagne. Certains le considèrent comme le vrai symbole de la Catalogne, d'autres trouvent que c'est une manière de ridiculiser le symbole espagnol. On trouve depuis plusieurs années beaucoup d'autocollants sur les voitures et motos représentant l'âne catalan sur fond du drapeau de la Catalogne. Tiré de la note Wikipedia sur l'âne catalan.


L'Etat espagnol jette en prison deux dirigeants indépendantistes.

L'heure de la remobilisation a sonné ! 

16 octobre

Liberté !
Nous vous voulons à la maison !


Ce qui devait arriver est arrivé : alors que  la journée avait commencé sur l'air relativement léger du jeu du chat et de la souris auquel procédait un Puigdemont esquivant de répondre à l'injonction du gouvernement central de clarifier s'il avait proclamé l'indépendance lors de sa récente comparution devant le Parlement catalan, les choses se sont sérieusement tendues en fin d'après midi. La comparution du "major" des policiers catalans et des deux dirigeants des mouvements de masse que sont l'ANC et l'Omnium a tourné vinaigre. Le premier s'est vu assigné à un sévère contrôle judiciaire qui pourrait préfigurer sa prochaine mise en détention mais c'est surtout l'arrestation des deux derniers qui provoque un tollé en Catalogne.

La justice aux ordres que la Audiencia Nacional symbolise depuis toujours, et particulièrement pendant la lutte contre l'ETA, a donc frappé fort : il est imputé à Jordi Sànchez et à Jordi Cuixart d'avoir organisé les manifestations des 20 et 21 septembre à Barcelone devant le Conseil Economique de la Généralité pour protester 1/ contre l'arrestation de dix hauts responsables de la Généralité, accusés d'être des organisateurs du référendum, et 2/ contre l'intrusion de la Garde Civile dans ledit bâtiment pour y procéder à une perquisition et à des réquisitions de documents et d'ordinateurs. Assiégés par les manifestant-es, les pandores avaient dû passer la nuit dans les lieux, la police catalane n'ayant pas répondu aux demandes de les libérer... Plus au fond, la juge en charge du dossier retient l'argumentation du Procureur, donc de l'Etat espagnol, selon laquelle ces deux représentants de la société civile catalane mobilisée pour l'indépendance, participent d'une sédition, une des infractions à la loi et à l'ordre constitutionnel parmi les plus graves. Par là, la "justice" espagnole poursuit, en auxiliaire zélé du Parti Populaire, la guerre qu'elle a déclarée au mouvement national catalan et cherche par les pires moyens  d'arbitraire à casser la dynamique que pourrait enclencher la victoire référendaire du 1er octobre. 



Ce faisant, l'Etat espagnol, dans la nudité de ses ressorts les plus répressifs, prend un grand risque, celui de donner à une mobilisation restée depuis plusieurs jours l'arme au pied, les martyrs lui  permettant de se relancer en s'élargissant, comme lors du référendum, à ceux et celles, non indépendantistes, qu'insupporte la violence exercée par Madrid  : les premières réactions dans la population catalane sont vives. Dès l'annonce des emprisonnements, les pompiers de Barcelone ont fait retentir leurs sirènes de la colère ! Une première casserolade a été immédiatement organisée, en avant-première de l'appel à se mobiliser "pacifiquement et civiquement", lancé par l'Omnium et l'ANC, demain à midi mais surtout à 19 heures devant les Délégations du Gouvernement espagnol à Barcelone, Girona, Lleida et Tarragone. 

Du côté des politiques, les protestations fusent de partout, enfin, à l'exception d'un PP et de ses complices de Ciudadanos : même le PSC s'adonne à l'indignation, sans renoncer à réclamer avec ces derniers, suite à la déclaration matinale de Puigdemont, que soit activé jeudi le "155" ! Du PDeCat à Podem en passant par Catalunya en Comú et la CUP mais aussi les syndicats ouvriers majoritaires, les Commissions Ouvrières et l'UGT, l'heure est à pointer du doigt, avec de nombreuses personnalités catalanes, le rôle de pyromane que tient, dans une fuite en avant sans fin, le gouvernement de Rajoy et à réclamer que soient libérés les deux Jordis. 

Mais tout le monde est conscient que le gouvernement, fort de l'appui des instances européennes, ira jusqu'au bout de sa logique répressive et nationaliste. De quoi mettre à mal les appels au dialogue lancés ici ou là, entre autres par Puigdemont lui-même dans sa missive  du matin adressée à Rajoy. La réponse de celui-ci est sans appel et résonne comme un ultimatum : en rester à la proposition du President de se donner un mois pour avancer vers...l'indépendance de la Catalogne, cela donnera la "mano dura" du "155" que votera sans problème, conformément à ce que dispose la Constitution espagnole, un Sénat où le PP dispose de la majorité absolue. 

L'emprisonnement des deux dirigeants indépendantistes sonne l'heure de vérité du mouvement pour l'indépendance et la république catalanes : continuer à biaiser, dans le sillage des Puigdemont et Junqueras, avec un gouvernement central, qui a maîtrisé jusque là, le calendrier de son offensive anticatalane, c'est participer de la chronique d'une défaite annoncée. Il convient en revanche de profiter de ce qui pourrait s'apparenter à la grossière erreur stratégique du jour : comme le 1er octobre, la politique de la peur pourrait se retourner en audace et défi populaires massifs. Mais il sera décisif que les politiques, particulièrement ceux et celles qui se réclament de l'alternative démocratique au système, y compris sur les plans sociaux et économiques, soient à la hauteur des circonstances et misent sur les capacités d'auto-organisation de la population... A cet effet c'est la rue qui est appelée à reprendre ses droits !

Enfin il est incontournable que la solidarité la plus vive se manifeste dans le reste de l'Etat espagnol et de l'Europe. Voilà l'un des leviers qui feront reculer les liberticides de Madrid et leurs appuis à Bruxelles et Strasbourg : que la rébellion catalane fasse tache d'huile et démultiplie y compris les dynamiques de contestation anticapitaliste depuis ce qui pourrait s'avérer l'épicentre du séisme politique qu'appellent l'exploitation et les oppressions subies par les populations de la zone ... et, qui sait, au-delà !

Article modifié le 18 octobre.  

Nous ne voulons pas de prisonniers politiques

Rassemblement à Valencia

Face au danger, manoeuvres et mobilisations ...
Que faire contre la menace de coup d'Etat du "155"?

15 octobre



A la veille de l'intervention par laquelle le President de la Généralité, Carles Puigdemont, répondra ou ne répondra pas, ce lundi à 10h, à l'injonction que lui fait le gouvernement de Madrid de trancher l'épineuse question de savoir s'il a ou pas déclaré, mardi dernier, devant le Parlament, l'indépendance de la Catalogne, les divers protagonistes du conflit cherchent à avancer leurs pions. Pour le President, il s'agissait du pion de la référence symbolique à l'histoire contemporaine : accompagné de la présidente du Parlament et de la maire de Barcelone, il a rendu, ce dimanche, le traditionnel hommage officiel à la figure de Lluis Companys, emprisonné pour avoir proclamé la Generalité, à l'occasion du 77e anniversaire de son exécution par les franquistes. Cette cérémonie, de toute évidence, ne participait pas d'un exercice politiquement aseptisé de la "mémoire historique" et parlait beaucoup de la situation présente. Souvenons-nous de la déclaration récente d'un responsable du Parti Populaire prédisant au President qu'il finirait comme Lluis Companys !

Ada Coalu, la maire du "changement" de la capitale catalane, représentante emblématique de ce que le 15M a fait émerger sur le champ institutionnel, en proximité...relativement indépendante de Podemos, a joué, elle du pion du dialogue nécessaire pour résoudre la crise politique en cours et déboucher sur un référendum d'autodétermination négocié, dont elle ne clarifie pas, d'une déclaration à l'autre, s'il aurait un effet contraignant. Dans une longue entrevue accordée au site d'information eldiario.es (lire ici), elle réitère qu'il est prioritaire que baisse la tension. De fait elle approuve la position de Puigdemont de suspendre la proclamation de l'indépendance annoncée mardi (pour elle, en réalité, il n'y a pas eu une telle proclamation). Elle conditionne le dialogue entre les deux parties, le gouvernement de Madrid et le Govern, à l'acceptation par elles du principe de bilatéralité. Or c'est ce que le premier se refuse absolument à faire. Rajoy l'a rappelé : l'unique option qu'a, selon lui, Puigdemont, c'est de venir se présenter devant le Parlement espagnol pour y exposer son point de vue et ses propositions ! Ce qui est une des seules choses qu'il est impensable qu'accepte le Catalan peu disposé à rejouer à l'espagnole la scène des bourgeois de Calais

Ada Colau et son parti, Catalunya en comú (lire ici), sont engagés dans la tentative de résoudre une irréductible quadrature du cercle politique, une tentative dont on peut penser qu'elle est affectée, au vu de la radicalisation des positions de Madrid, d'un faible crédit politique en Catalogne. Le fait est que le positionnement de cette personnalité de la gauche radicale se trouve déportée à appuyer l'attitude dilatoire de Puigdemont. Les médias ne s'y sont pas trompés au soir du 10 octobre quand ils ont titré que celui-ci, lors de sa piteuse prestation au Parlament, avait choisi Ada Colau contre la CUP. Si l'on ajoute qu'en portant une charge sévère, par ailleurs justifiée, contre l'alignement du secrétaire général du PSOE sur le gouvernement central, elle prend acte de la mort du projet d'alliance qu'elle pensait, en accord avec Podemos, nouer avec lui pour constituer le gouvernement d'alternative (bien plus probablement d'alternance) à celui du PP, on comprend que la question catalane déstabilise, plus que ne le pensent certain-es de ses proches, sa stratégie politique. Y compris par les retombées immédiates du conflit sur ce qui rend possible qu'elle soit majoritaire à la mairie de Barcelone : l'appui des élu-es socialistes catalans du PSC. Lequel PSC s'essaye à jouer la double carte, d'une part, contre Ada Colau, de la répression policière et judiciaire du gouvernement central, dans une hostilité de magnitude 10 au mouvement national, et, d'autre part, comme Ada Colau, de l'encouragement donné à Puigdemont d'entrer dans un dialogue (impossible à moins de signer une reddition) avec Rajoy.

De manière particulièrement dommageable pour la politique de gauche "différente" que dit incarner Ada Colau (comme d'ailleurs Pablo Iglesias), ces réalignements politiques suscités par les événements catalans, consacrent le syndrome éminemment institutionnaliste qui vertèbre cette orientation, qui joue clairement contre la mobilisation de terrain, contre le retour à la rue : avec la particularité que loin du bénéfice politique qu'elle a acquis jusqu'ici, par revendication de continuité avec un mouvement de masse comme le 15 M indigné, c'est aujourd'hui l'idée d'un passif de ce courant vis-à-vis du nouveau mouvement de masse, catalan, qui saute aux yeux (le tout dernier sondage dit un recul des intentions de vote pour Unidos Podemos de plus de 4 points par rapport à la dernière législative et, pour la première fois, Ciudadanos lui passerait devant, lire ici) ! Il ne faudra pas compter sur cette "nouvelle gauche" pour favoriser la jonction, pourtant capitale pour créer la dynamique de solidarité dans le reste de l'Etat espagnol, entre l'esprit anti-austéritaire (voire anticapitaliste), toujours vivace, du 15M et la mobilisation nationale de Catalogne.

En revanche, malgré les atermoiements des premiers instants suivant la déclaration d'indépendance ratée, c'est par les pions qu'elle bouge que la CUP manifeste une volonté de retrouver du rapport de force dans la rue en prévision d'une quasi inévitable suspension de l'Autonomie catalane par activation, jeudi ou vendredi, par le gouvernement, de l'article 155. Samedi dernier se sont réuni-es, dans la cinquième ville de la Catalogne, Sabadell, les représentant-es des CDR, ces Comités de Défense du Référendum, essentiellement promus par la CUP, qui ont été en première ligne pour défendre la tenue du référendum du 1er octobre par l'occupation des bureaux de vote et les manifestations de protestation contre la répression policière. Mais qui n'ont pas pu (pas été appelés à tenter le coup ?) organiser le contrefeu aux manifestations progouvernementales en faveur de "l'unité de l'Espagne".

La correspondance, depuis Sabadell, du site El Confidencial (lire ici), peu suspect de sympathies envers l'indépendantisme, indique que ces comités connaissent une croissance importante en nombre de membres mais aussi géographiquement : la région compterait au moins 100 CDR dont il a été débattu, sans conclure cependant, semble-t-il (les débats étaient à huis clos), s'ils ne devaient pas se dénommer désormais Comités de Défense de la République Catalane. 

Les deux cents présent-es (à raison de 3 délégué-es par comité) représentaient 80 comités, entre autres ceux de Girona, Manresa, Masnou, Sants, Les Franqueses, Badalona, Esplugues, Nou Barris, Tarassa, Casteldefells... On y reconnaissait des gens de diverses entités, organisations ou partis tels que l'Òmnium, évidemment la CUP mais aussi la modérée ERC. Il fut cependant rappelé par les organisateurs de la rencontre que tous/toutes étaient là, non pour avancer des propositions politiques propres à des organisations mais pour préparer les actions de rue. L'ordre du jour était en effet principalement l'organisation de la riposte au "155" et l'idée d'une nouvelle grève générale a été au menu des discussions. Il n'est pas possible d'en savoir plus. Une nouvelle assemblée générale des comités est prévue samedi prochain dans un lieu tenu secret.

Nous saurons bientôt si et comment cette structure, comme d'autres plus liées aux institutionnels, comme l'ANC et l'Òmnium, qui appellent désormais Puigdemont à procéder à la déclaration d'indépendance, sera parvenue à donner le cadre adapté à la remobilisation populaire du mouvement national. Y compris, dans l'hypothèse apparemment invraisemblable, d'une nouvelle manoeuvre dilatoire, qui, de toute façon serait sanctionnée par le "155", ou même d'un aplatissement politique, suicidaire, de Puigdemont devant les exigences de Madrid. A l'heure qu'il est, tant le PDeCat du President que l'ERC d'Oriol Junqueras, le vice-président, sont très divisés, certain-es poussant, de ce côté là aussi, à entériner qu'il ne sert plus à rien, devant l'intransigeance et les menaces de Rajoy (1), d'attendre plus pour déclarer la République catalane... et pour faire la nouvelle proposition, en direction de la monarchie espagnole, de négocier...les modalités concrètes de ce transfert de pouvoir !

Une nouvelle semaine décisive s'ouvre pour la Catalogne, notre pleine solidarité avec elle doit être plus que jamais prête à s'exprimer ! Rappelons-le avec force, c'est bien plus que l'indépendance de cette nation qui est en jeu, c'est aussi tout un rapport de force de l'ensemble des peuples contre une Europe faisant bloc derrière l'Etat espagnol qui pourrait ouvrir la brèche politique et sociale décisive de la désobéissance active et massive aux diktats capitalistes !

(1) Ce même jour, lundi 16 octobre, où le gouvernement attend de pied ferme les précisions de Puigdemont sur l'indépendance, les représentants de l'ANC et de l'Òmnium ainsi que le responsable de la police catalane, sont appelés à comparaître, pour la seconde fois, devant les juges sous la menace d'être mis en examen pour appel à la "sédition". Vous avez dit intimidation ?

Bonne nouvelle, mauvaise nouvelle
 

 Mariano Rajoy à Albert Rivera (Ciudadanos) : "La bonne nouvelle c'est  que cela nous fait tous marrer par ici que tu sois un Catalan catalanophobe. La mauvaise nouvelle c'est que tu es un catalanophobe... mais Catalan !" Cliquer ici

 Vers la reprise des hostilités ... 

14 octobre 

Communiqué de Anticapitalistas (1) devant la situation en Catalogne

1.- Ces derniers jours, après la suspension, par le Président de la Généralité, Carles Puigdemont, de la déclaration d'indépendance, le gouvernement espagnol, appuyé par le PSOE et Ciudadanos (et avec le soutien de tous les grands médias du régime) met le pied au plancher pour aller vers l'application de l'article 155 [article de la Constitution qui permet de suspendre le gouvernement d'une région autonome] et la mise en oeuvre d'autres mesures d'exception. 

De leur côté, de grandes entreprises et de grandes banques ayant leur siège social en Catalogne, l'ont transféré à l'extérieur dans le but de semer  de l'instabilité et d'exercer une évidente pression politique. Cette dynamique politique et économique a deux objectifs : d'une part, l'affaiblissement et la défaite du mouvement indépendantiste catalan et, de l'autre, la destruction, dans le reste de l'Etat espagnol, de la contestation des élites par ceux et celles d'en bas, et cela par la construction d'un consensus autour de l'identité espagnole avec la volonté de résoudre ainsi la crise de régime que nous connaissons ces derniers temps. C'est là une opération politique visant à refermer le cycle des revendications en faveur de la récupération des droits perdus combinées à la contestation des privilèges  des élites économiques et politiques.

De ce point de vue, la mise en application de l'article 155, prévue dans les prochains jours, signifierait que s'enclenche une escalade répressive qui, tout en approfondissant la démarche autoritaire et d'atteinte aux libertés engagée, n'apporterait aucune solution démocratique à la Catalogne. La légitimité du référendum du 1er octobre a, en effet, à nouveau, remis sur la table la seule possibilité de sortir du conflit politique existant en Catalogne, la libre décision du peuple catalan. 

Il va être incontournable, dans les prochains jours, de s'opposer activement à la mise en place de l'article 155 et à toutes les mesures répressives visant les forces favorables à la souveraineté catalane. Nous considérons, en même temps, que la défense de l'auto-gouvernement et de cette souveraineté de la Catalogne ainsi que des droits civils passe, à la fois, par le départ immédiat hors du territoire catalan de la Police Nationale et de la Garde Civile et par la dénonciation de l'utilisation arbitraire  de ces corps répressifs qu'a faite le gouvernement pour régler des problèmes politiques. Et cela alors qu'ailleurs, dans le pays, les autorités politiques permettaient que les actions de l'extrême droite aient lieu en toute impunité comme cela s'est vu à Saragosse et à Valence.

2.- L'accord entre le PP et le PSOE pour l'application de l'article 155 a été présenté comme le premier volet d'une démarche dont le volet complémentaire  serait une réforme constitutionnelle qui, en réalité, se réduit à la création d'une Commission d'Etude. Cette réforme  recouvre une tentative du régime, et des principaux partis qui lui sont associés, de résoudre par le haut la crise territoriale que traverse l'Etat espagnol. Tentative, en somme, pour faire que rien ne change sur le fond mais qui se donne un objectif clair : renforcer le régime en entraînant le PSOE vers une unité basée sur une réactualisation des consensus constitutionnels. Cette résolution de la crise par le haut qui s'opère en prenant appui sur la nouvelle vague de nationalisme espagnol, va essayer de recomposer le champ politique et de mettre fin à la crise de l'Etat en Catalogne ainsi qu'à la crise de régime qui a éclaté en mai 2011 [mouvement des Indigné-es] quand des millions de personnes sont sorties dans la rue pour crier "nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiciens et des banquiers".

Le rôle du PSOE de Pedro Sánchez est, à ce titre, révélateur : alors que son élection comme Secrétaire Général avait soulevé, dans certains secteurs de la population, de l'espoir, nous faisons le constat de la véritable nature de son projet et de ses limites sur le terrain de l'alternative politique. Le PSOE de Pedro Sánchez se situe toujours à l'endroit où il a été ces dernières décennies : du côté des consensus d'Etat, du nationalisme espagnol et de son engagement au sein du Régime de 78 [1978, date du référendum constitutionnel qui, apothéose d'une Transition pilotée par des franquistes "reconvertis démocrates", instaure l'actuelle monarchie parlementaire] où le Roi est devenu le porte-parole de l'aile dure du PP.

Voilà pourquoi, devant cette opération de maquillage en cours qu'induit la "réforme constitutionnelle", nous devons toujours insister sur l'idée  que des républiques et des processus constituants sont une alternative stratégique pour les classes populaires.

3.- Nous assistons en ce moment à une claire résurgence de la violence et des apparitions de l'extrême droite. Il s'agit d'une extrême droite qui agit depuis divers espaces, partis et organisations et sur le mode open bar pour l'impunité.

La responsabilité du PP et des médias dans cette situation est évidente : ils couvrent que ces groupes puissent agir en tant que troupes de choc pour favoriser la haine, la tension et la violence avec, l'objectif clair de prendre la rue. Face à l'augmentation des actions de ces organisations, nous, forces de gauche et mouvements sociaux, avons une tâche fondamentale de dénonciation et de mobilisation à mener pour éviter cette escalade et empêcher le développement du fascisme dans nos villes.

Anticapitalistas, 14 octobre 2017, 
http://www.anticapitalistas.org

Traduction : Antoine Rabadan

(1) Courant de Podemos   

13 octobre

Après la déconvenue du 10 ocobre, le mouvement national catalan saura-t-il reconstruire en urgence le rapport de force en sa faveur ?


Après la montée en tension et l'effervescence de mardi autour d'une séance du Parlament catalan qui s'annonçait politiquement explosive, les forces en présence en sont à gérer les retombées d'un pétard mouillé qui a affaibli la mobilisation catalaniste et confirmé l'Etat espagnol dans l'idée qu'il avait le rapport de force pour lui et une légitimité, accrue par le succès des manifestations unionistes, pour finir de canonner la rébellion. Le jeu de dupes dont nous parlions hier trouvera son épilogue la semaine prochaine en deux temps : lundi, le Govern a prévu de se plier à l'injonction de Madrid d'élucider si proclamation de l'indépendance il y a eu mardi. En cas de réponse affirmative, dans un ironique exercice de grande magnanimité, Rajoy accorde aux dirigeants catalans un délai supplémentaire de trois jours pour rectifier avant de lâcher sa bombe du 155. Ce double délai accordé, dans le surplomb hautain d'un pouvoir central jetant le masque du centralisme politique jusque là protégé par le théâtre d'ombres des Autonomies, signe une volonté d'humiliation participant en fait d'une véritable provocation.

On pourra toujours, d'un point de vue de soutien à la lutte nationale catalane, pointer, dans cette attitude de l'Etat central, ce qui surlégitime en retour ladite lutte. Pourtant il pourrait bien être préférable de porter son attention à ce qui, dans la politique indépendantiste a fini par donner à l'adversaire un avantage qui, pour être peut-être provisoire, n'en hypothèque pas moins, ici et maintenant, la relance de cette lutte pour l'autodétermination jusqu'au bout d'un peuple... Il va de soi que le yaka n'a pas sa place dans les événements d'une exceptionnelle gravité qui se produisent en Catalogne. Mais le refus de tirer, dans le feu de l'action, le bilan d'une étape essentielle pour la libération nationale gâchée n'est pas non plus de mise. 

La tactique rocambolesque dessinée au Parlament d'une indépendance qui se renie dans l'instant où elle se proclame, a posé le piège actuel où le pouvoir central mène la danse : ce piège qui se referme sur Puigdemont a nom impasse, celle qui laisse le choix entre le Charybde de l'aplatissement au pied du suzerain madrilène que signifierait le déni désastreux que l'indépendance ait jamais pu être proclamée et le Scylla d'une revendication d'indépendance consacrant l'inutilité de l'avoir suspendue pour, a-t-on entendu, imposer, par une peu crédible médiation internationale, que Madrid s'assoie à la table des négociations... Pour négocier quoi au juste, dans l'état actuel du rapport de force défavorable aux catalanistes que la manoeuvre de la suspension a, au demeurant aggravé, en démobilisant, plus encore qu'il n'était fait, sa base populaire ?

La seule (fausse) sortie de ce piège, par la seconde option, évitant le reniement de soi souhaité par l'ennemi, s'apparente dans l'immédiat à la fuite en avant que serait dans l'immédiat, attristante dénaturation de sa flamboyance d'il y a à peine quelques jours, la Déclaration Unilatérale d'Indépendance. Fuite en avant dont l'espoir qu'elle ne vire pas en débandade et défaite historique du mouvement national dépend de ce ceux et celles qui ont été exproprié-es de leur victoire du dimanche référendaire mais aussi de ceux et celles qui, empêché-es de voter par peur ou par indécision, étaient susceptibles de basculer dans une dynamique de transcroissance de la mobilisation populaire faisant de la rue et, qui sait, des lieux de travail, les nouveaux épicentres, dans la suite de la bataille des bureaux de votes, de la lutte. Etaient susceptibles de basculer... car évidemment rien n'était gagné d'avance face à l'hyperbolique violence policière et judiciaire exercée d'en face ! Encore aurait-il fallu envoyer le message déterminé que c'était la seule voie raisonnable, logique, message qui n'a jamais pris la consistance suffisante pour au moins poser un repère utile, dans le débat interne au mouvement, contre la volonté temporisatrice des forces conservatrices de l'indépendantisme, PDeCAT et ERC...

En l'état, dans ce que nous avons appelé "la construction d'un rapport de force dans le rapport de force", la CUP s'est fendue d'une lettre ouverte au President (DOCUMENTO | La carta de la CUP a Carles Puigdemont - texte en catalan -, la version française est ici) : en faisant clairement référence à la "gent" qui est au coeur du processus de l'indépendance, contre les puissances d'argent, et en rappelant la nécessité que ladite indépendance se déploie en mobilisation sociale rompant avec les rapports économiques de domination, elle demande que soit proclamée, sans attendre une illusoire médiation internationale (Juncker pour l'UE comme António Guterres pour l'ONU ont été clairs : ils n'en seront pas), l'indépendance et la république catalane. L'ANC, mais aussi les jeunesses du PDeCAT, lui emboîtent le pas. Une nouvelle "grève civique" (couplée à une grève générale ?) est dans l'air. Mais l'ancien President, Artur Mas, a cherché immédiatement à recadrer que la rue ne détermine pas la politique :  "Ce n'est pas la CUP ni l'ANC qui président le Govern" !

La vraie question est au fond là : le peuple catalan, riche de son histoire de luttes, saura-t-il surmonter les désarrois et autres scepticismes suscités par la paradoxale combinaison de la politique offensive de Madrid et de celle, offensive s'enlisant défensive et erratique, de sa direction de campagne ? Saura-t-il redéfinir les modalités de l'action à remettre sur les rails dans le sens d'une auto-organisation bridant les effets délétères que produit l'actuelle délégation de pouvoir qu'il accorde, de fait, aux Puigdemont et autres Junqueras... Il revient aux anticapitalistes d'être, dans les limites de leurs moyens, les ferments de cette nécessaire recombinaison du rapport de force interne. Les actions à venir devraient permettre de vérifier l'influence que ces anticapitalistes ont et pourraient développer, malgré les obstacles, à travers les structures de base que sont les Comités de Défense du Référendum et dans l'ANC et l'Omnium, pour peser sur les choix stratégiques et tactiques de l'indépendantisme.

En guise de conclusion : la fierté catalane, ingrédient décisif de l'affirmation de soi, dont il a été démontré qu'elle n'était pas exclusive de l'autre que soi, relèvera-t-elle le défi de la "fierté d'être espagnol" que la parade militaire, policière et politique du 12 octobre lui a jeté à la figure ?

Billet modifié ce 14 octobre.

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