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Dossier Catalunya : analyse et solidarité !


 Sortir la gauche des schémas stéréotypés sur les luttes nationales pour l'autodétermination...

Le dossier ci-dessous a pour but de placer les données empiriques de la situation actuelle en Catalogne sud dans le cadre conceptuel le plus pertinent possible pour une interprétation anticapitaliste  de celle-ci... A rapprocher du suivi (commenté) au plus près des évènements que le NPA 34 assure sur ce blog (voir à la fin de cette page).


 Nous avons fait jeudi 5 octobre un point avec notre camarade Andreu Coll sur l’évolution de la situation en Catalogne, depuis la grève générale de mardi dernier. Depuis s’est ajoutée l’annonce par la Cour constitutionnelle de l’interdiction de la session parlementaire prévue lundi, menaçant au passage la présidente du Parlement, Carme Forcadell, et les membres du bureau des présidents de l’Assemblée, de risques pénaux. […] 

Où en est la mobilisation sociale ? 

Dans les syndicats et chez les salariés, la mobilisation reste faible, seule une petite avant-garde est mobilisée : les pompiers, les dockers et la CNT, qui est pourtant traditionnellement antinationaliste. La classe ouvrière, ici, a une part très importante d’immigrés andalous ou galiciens, avec des liens sentimentaux plus fort avec l’idée de l’Espagne. Il est possible de devenir indépendantiste mais traditionnellement le mouvement ouvrier a défendu l’autonomie, jamais l’indépendance.

Il est catastrophique que les commissions ouvrières n’aient pas appelé à la grève générale, et c’est sans doute dû à des pressions de la direction centrale à Madrid, car ils y ont adhéré pendant trois ou quatre heures avant d’abandonner. Beaucoup de monde conteste cette décision mais cela reste minoritaire, quoique cela puisse changer très vite en cas de répression.

Mardi, il y a eu un rassemblement énorme Place de l’Université, avec au moins 150 000 personnes, qui a été convoqué par  le Comité de défense étudiant. Les jeunes étaient présents, avec des drapeaux espagnols officiels, monarchiques, d’autres avec des drapeaux espagnols républicains et beaucoup de drapeaux indépendantistes, ceux avec l’étoile. Tout le monde manifestait, dans un esprit très fraternel. Beaucoup de monde disait son opposition au « coup d’État de Puidgemont » (c’est de cette façon que le référendum est présenté par les médias dominants à Madrid), mais que la répression policière est intolérable. Cela montre que la dynamique d’une certaine fusion entre le processus indépendantiste, les revendications sociales et le 15M, les indignés, commence à arriver sous l’influence de la répression.

Dans les manifestations, les slogans sont opposés au PP, à la répression, et favorable à la République. Les revendications sociales se développent mais sont minoritaires, certains même parle de Révolution catalane. La composition sociale du mouvement a changé très rapidement, elle s’est fortement élargie et ceux qui ont déclenché la dynamique indépendantiste essaient maintenant de freiner, y compris l’ANC, Omnium, etc. Le jour de la grève générale, Omnium et l’ANC avaient appelé à occuper les place, avec des tentes, etc. mais, avec l’excuse de la menace de l’extrême droite, ils ont annulé cet appel. Maintenant, les Comités de défense ont commencé à prendre le relais et la composition sociale est tout à fait différente. Cliquer ici

 Communiqué d'Anticapitalistas, section de l’Etat espagnol de la IVe Internationale, après le référendum du premier octobre.



La journée de grève générale du 3 octobre en Catalogne a été la mobilisation la plus massive des quarante dernières années sur ce territoire. Impulsée par l’Intersyndicale alternative de Catalogne (IAC, union interprofessionnelle de syndicats catalans combatifs), la Confédération générale du travail (CGT, de tradition libertaire), les Commissions de base (scission des Commissions ouvrières) et Intersyndicale – Confédération syndicale de Catalogne ont rejoint l’initiative, déposant des préavis de grève jusqu’au 13 octobre. L’idée d’une grève politique contre la répression policière  et pour les libertés publiques a eu un impact décisif dans le processus indépendantiste. Entretien avec Lito, membre de l’IAC et militant d’Anticapitalistes, pour comprendre les enjeux de cette journée de grève et de mobilisation historique. Cliquer ici


À l’occasion de leur venue à Perpignan le 27 septembre, pour y tenir une réunion-débat organisée par le NPA 66 et la CUP Perpinya (Candidatura d'Unitat Popular) en solidarité avec le référendum en Catalogne, nous avons pu interviewer Joan Giner (député de Podem au parlement catalan et militant d’Anticapitalistes) et Quim Arrufat (ancien député et membre du bureau national de la CUP). […]

Quim : Si on réussit en Catalogne, si les gens dans la rue font du but qui les mobilise une réalité, on montrera que la population mobilisée et organisée peut changer les choses. Mais ce n’est pas ce qui se passe aujourd’hui en Europe. Les États autoritaires, les élites qui les contrôlent, se moquent des gens qui se mobilisent : « Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, nous, nous avons tout : l’économie, la police, les médias. On s’en moque. » Alors, oui, si on réussit en Catalogne, on peut apporter à la conscience populaire en Europe qu’il est possible de changer les choses. 

Joan : Le mouvement catalan est probablement le plus grand mouvement social aujourd’hui en Europe. Ce que cela peut apporter en Europe, c’est justement un exemple de mouvement des classes populaires qui peut gagner. Cliquer ici
 

 C'est le moment de la mobilisation et de la solidarité avec le peuple catalan face aux menaces d'intensification de la répression et de la suspension de l'autonomie catalane [en activant l'article 155 de la Constitution] par le gouvernement Rajoy. Ce qui est en jeu, c'est non seulement l'avenir du peuple de Catalogne mais aussi celui des peuples de l'Etat espagnol et d'Europe dans la lutte pour les libertés, la démocratie et de la souveraineté populaire effective. Pour cette raison, nous faisons appel à la solidarité internationaliste des travailleurs et des travailleuses, ainsi que des peuples face à celle du grand capital et des grandes puissances avec le régime issu de la transition de 1978. Cliquer ici
 


Le 3 octobre, après avoir évoqué « l’horreur du crime à Marseille » du dimanche précédent, Jean-Luc Mélenchon, interpellant Edouard Philippe à l’Assemblée nationale au sujet du référendum pour l’indépendance en Catalogne Sud, a exprimé sa « sidération de voir à notre frontière les déchirements dans lesquels est entrée la nation espagnole, notre sœur. Je crois que tous les bancs de cette assemblée sont saisis par l’impasse politique qui vient de s’installer ».

Fidèle à ses précédentes déclarations sur le sujet, il exprime là sa préoccupation essentielle, sa crainte que l’indépendance de la Catalogne Sud ne mette à bas l’unité de l’Etat d’Espagne et n’encourage d’autres peuples dominés en Europe à suivre son exemple. Pas un mot donc sur le droit inaliénable des Catalans à leur autodétermination, leur droit à voter pacifiquement pour ou contre leur séparation d’avec l’Etat central de Madrid. Et cela, dit sans honte, le surlendemain d’un déploiement policier et militaire violent de l’Etat d’Espagne visant à terroriser les électeurs et les menaces du gouvernement Rajoy de jeter les responsables politiques catalans en prison. Cliquer ici

Pour être complet voici la première réaction de Jean-Luc Mélenchon aux évènements de Catalogne (la vidéo originale a été vite retirée mais une copie, celle que nous proposons, en a été réalisée en réunissant la position de l'insoumis et celle d'Asselineau !

 
La Catalogne vue par les corses d'A Manca

Publié par A Manca
  
[…] La France illustre parfaitement cette politique à géométrie variable concernant le droit des peuples à l’autodétermination. Si, en 1991, elle a nié par voie constitutionnelle l’existence du peuple corse, elle a, a contrario, reconnu l’existence du peuple kosovar en 2008.

Les Etats européens défendent avant toute chose leurs intérêts.

C’est exactement ce qu’a fait Madrid en Catalogne. Rajoy ne s’est pas seulement appuyé sur la Constitution espagnole pour envoyer la guardia civil contre le peuple catalan, mais aussi sur la Constitution européenne, ne l’oublions pas. 

La liberté n’est pas négociable. 

C’est en la matière une leçon que doivent méditer, les nationalistes, qui en Corse comme en Ecosse, ont investi leurs espoirs en cette Europe qu’ils présentent abusivement comme un espace plus démocratique que ceux des Etats auxquels ils s’opposent. Il en va d’ailleurs de même pour la majorité en place au niveau du gouvernement catalan, laquelle à l’instar de ces derniers, s’est grandement fourvoyée en suivant un raisonnement qui n’a pas résisté à la réalité. Ce sont bel et bien les Etats et toujours eux qui restent les maîtres des politiques et exercent ainsi ce qu’ils estiment demeurer leurs droits régaliens.

À noter que le PNV, parti de la bourgeoisie d’Euskadi, permet, par sa présence dans la coalition gouvernementale de l’Etat espagnol, à la droite castillane de disposer d’une majorité.

L’heure n’est sûrement pas à discuter du droit à l’autodétermination du peuple catalan, pas plus pour lui que pour tous les peuples encore sous domination impérialiste. Cette revendication relève du champ des droits démocratiques et ne peut aboutir que par l’intervention décisive des classes populaires, comme se propose de le faire la gauche catalane.

A la violence de l’appareil d’Etat espagnol, que cautionnent la majorité des gouvernements européens, il faut opposer l’unité sans faille du monde du travail. Cliquer ici

 A lire aussi


Quelle est la signification historique du 1er octobre ? Quel bilan en tirer et quels défis sont posés pour le mouvement indépendantiste et les anticapitalistes catalans mais, plus largement, pour la gauche radicale espagnole ? Comment avancer vers la rupture, non seulement avec le consensus post-franquiste de 1978, mais avec les politiques néolibérales ? 

C’est à toutes ces questions que se confronte le sociologue et militant Josep Maria Antentas. Membre du comité de rédaction de la revue Viento Sur, auteur de nombreux articles traduits et publiés par Contretemps, il est professeur de sociologie à l’Universitat Autònoma de Barcelona (UAB). On pourra notamment relire son article : « L’instant de vérité pour le mouvement indépendantiste catalan ». […]

Tout cela dessine un paysage compliqué pour la gauche espagnole qui, en tout état de cause, subira à long terme les conséquences de ce qu’elle aura cédé à court terme dans la défense des droits démocratiques. En arrière-fond il y a la gestion d’un important paradoxe : objectivement, l’indépendantisme catalan constitue la principale menace pour l’échafaudage politique et institutionnel monté en 1978, mais son impact est faussé et n’a pas de caractère automatique, ce qui peut se traduire par un durcissement, qui ne serait pas temporaire, de certains de ses piliers et engendrer un cadre politique qui pousse à une polarisation sociale à droite.

[…] Dans la confrontation soutenue qui se profile à l’horizon, les défis fondamentaux pour le mouvement indépendantiste sont au nombre de quatre.

Premièrement : élargir sa base sociale. Il est difficile d’apprécier dans le détail les résultats du 1er Octobre vu la quantité de paramètres intervenant dans ce vote. Incontestablement les 2 020 144 voix en faveur du « oui » témoignent d’un bloc social important. Un bloc hégémonique sans être strictement majoritaire du point de vue numérique au sein de l’ensemble de la population (ce qui par ailleurs n’est pas fréquent dans le cas de mouvements politico-sociaux), mais sans être confronté à un contre-bloc organisé et actif. L’indépendantisme a explosé entre 2012 et 2014. Depuis lors il semble ne plus progresser vraiment mais il reste à des niveaux très élevés. Certains secteurs se sont lassés d’un éternel « processus » qui semblait n’aller nulle part, mais parallèlement, lors des derniers jours de nouveaux secteurs ont apporté leur appui à l’indépendantisme, fondamentalement pour des raisons démocratiques et contre la répression. Et, dans l’ensemble, il est difficile de savoir combien de personnes, qui dans des conditions normales auraient voté « oui », n’ont finalement pas pu voter le 1er du fait des complications qui l’ont marqué.

Du point de vue de sa composition sociale, comme cela a été largement commenté, sa base s’enracine dans les classes moyennes et la jeunesse (même si dans les files d’attentes des bureaux de vote on a également vu des personnes d’âge mûr et d’âge avancé). Sa principale faiblesse est l’absence d’une partie de la base sociale de la gauche en direction de laquelle l’indépendantisme pur et simple n’a développé aucune politique active, se contentant d’attendre que ceux qui avaient des doutes se convainquent par eux-mêmes. La politique hésitante et démobilisatrice de Catalunya en Comú n’obéit pas seulement aux limites subjectives de sa direction, mais exprime aussi une réalité sociale sous-jacente. Il faut le rappeler, car c’est un élément clé.

Mettre en œuvre une politique spécifique en direction des organisations politiques et sociales de gauche et de leur base sociale est une nécessité, quelque chose qui se heurte incontestablement au projet de la droite néolibérale au pouvoir, le PdeCat (Parti démocrate européen catalan), dont il faudrait exploiter la faiblesse pour imposer un tournant à gauche. Cela ne peut se produire que sous trois formes plus ou moins combinées : en garantissant la mise en œuvre de mesures politiques et sociales d’urgence sous la forme d’un pack anti-crise solide ; en donnant une place centrale à l’ouverture d’un projet de processus constituant ; et en créant un cadre stratégique et politique où ceux qui ne partagent pas nécessairement l’horizon ultime de l’indépendance mais bien la nécessité d’une rupture constituante et d’une action unilatérale face à l’État, puissent également se sentir partie prenante du projet.

N’oublions pas que l’absence de toute alliance entre indépendantistes et partisans du droit à décider est l’un des lourds fardeaux stratégiques de tout le processus catalan. Cette dernière question débouche sur une nécessité immédiate : obtenir que l’application par le Parlement de Catalogne du mandat populaire inscrit dans le référendum, c’est-à-dire la proclamation de la République catalane indépendante, se fasse de sorte que les secteurs non indépendantistes ayant participé à l’organisation du 1er Octobre se sentent sollicités et associés. Autrement dit, il faut éviter que, sans dénaturer le sens de ce qui a été approuvé le 1er, le front de désobéissance démocratique qui a contribué au succès du référendum ne se fracture et ne se réduise à la seule alliance exclusive des forces indépendantistes. Cliquer ici 

Et encore