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Macrongate. La police bouleversée, humiliée, elle n'a plus le monopole de la violence...



 "Oui, Alexandre Benalla est symptomatique d’une « dérive individuelle » : celle du président de la République"



Paul Cassia est professeur des universités en droit.

 
« Le seul responsable, c’est moi. Qu’ils viennent me chercher. On ne peut pas être chef par beau temps et se soustraire par temps difficile ».

Ainsi s’est exprimé le 24 juillet 2018, depuis la Maison de l’Amérique Latine à Paris, un président de la République médiatiquement muet à compter de la révélation le 18 juillet dernier de l’affaire « Benalla/Macron », qu’il convient donc désormais d’appeler par son vrai nom – « l’affaire Macron » – puisqu’il est « seul responsable ».



Cette nouvelle provocation – la pire des réactions à une grave crise institutionnelle qu’elle ne peut qu’alimenter – est déplacée à quatre égards.

Humainement, la prononcer devant le public tout acquis de membres du gouvernement et des parlementaires La République en marche (parmi lesquels le président de l'Assemblée nationale) quand on est président de tous les français, est un signe de faiblesse pour celui qui s’est réfugié dans les palais officiels depuis une semaine désormais, au point d’annuler la participation à une étape du Tour de France qui devait avoir lieu aujourd'hui.

Politiquement, si le président de la République se considère « responsable », il devrait en tirer les conséquences conformément à ses engagements de campagne sur l’exemplarité, et démissionner plutôt que de se prévaloir de sa propre turpitude.

Moralement, il ne lui est lui plus possible de prôner une République exemplaire et la lutte contre les conflits d’intérêts quand il cajole le soir « ses » parlementaires réunis le jour en commission d’enquête autour des activités de son cabinet.

Constitutionnellement, personne ne peut « aller chercher » un président de la République qui, s’il avait du courage, aurait demandé à être auditionné par les parlementaires dans le cadre de « son » affaire. […c'est nous, NPA 34, qui soulignons]


Le président de la République, contrairement à ses dires, se « soustrait » à ses responsabilités : il sert de paratonnerre pour couvrir « ses »fonctionnaires, « ses » ministres et « ses » collaborateurs défaillants, tout en n’ayant rien à craindre de la foudre…

Oui, Alexandre Benalla est symptomatique d’une « dérive individuelle » ainsi que l’a dit le Premier ministre le 24 juillet 2018 à l’Assemblée nationale : c’est celle du président de la République, celui-là même qui, il y a deux ans, fustigeait « l’outrance, la procrastination et le déni du réel » de ces prédécesseurs (v. La première année qui quinquennat Macron à livre ouvert). Cliquer ici



Note NPA 34 : la suite de ce billet analyse ce qui constitutionnellement permet ou pas d'aller au fond de "l'affaire Benalla". Plus ardu que ce qui précède mais tout aussi percutant, non seulement sur le plan juridique mais aussi politiquement parlant.


Illustrations par NPA 34 

  


C’est pourtant tout autre chose qui se passe depuis deux ans, autre chose que les méfaits d’un voyou monté en grade : une entreprise d’intimidation généralisée de toute opposition politique sérieuse, méthodiquement conduite par les institutions de la police et de la justice. Intimider systématiquement par la violence institutionnelle et par la violence physique : menace de la garde-à-vue dans des conditions dégradantes qui glaceraient les spectateurs d’un film sur quelque dictature d’autres latitudes, menace de la prison pour des faits inexistants : un étudiant de Paris 1 a pris de la prison (de la prison ! – 4 mois avec sursis) pour avoir simplement été pris avec dans son sac un sweat à capuche, du sérum physiologique, un masque et des lunettes de piscine, c’est-à-dire le viatique minimal pour faire face aux agissements de la police. Menace de violence institutionnelle, donc, et menace de violence ouverte, expressément faite pour que les manifestants soient envahis du sentiment de mettre en jeu leur intégrité physique au moment où ils s’apprêtent à exercer leurs droits politiques fondamentaux. Ici se pose une question lexicale presque insoluble à force de complexité : sous quelle catégorie, en « isme » par exemple, résumer les pratiques d’un pouvoir qui s’attache ainsi à méthodiquement terroriser ses citoyens ? Pour la police elle-même, c’est parfois trop : un gardé à vue d’Arago témoigne ainsi que l’OPJ auquel il avait affaire restait interloqué des consignes venues d’en-haut d’administrer pareils traitements à une poignée d’adolescents.  

De tout cela, les médias n’ont jamais sérieusement parlé. Et le pire est que, même avec un Benalla sous le nez, ils n’en parleront pas. Comme ils ne feront aucun des liens pourtant évidents que cette pitoyable affaire suggère de faire. Cliquer ici





En boucle sur les événements, les grands médias ne semblent se préoccuper des violences policières que lorsqu’elles sont commises par des individus… extérieurs aux forces de police, et qu’il en résulte une « affaire » qui sent le soufre. D'un bout à l'autre de l'échiquier politique, on fait les louanges des forces de police « officielles » qui agissent – elles – avec professionnalisme, leur apportant une légitimité en tant que seule force habilitée à réprimer le mouvement social, le tout dans le contexte de la manifestation organisée à l’occasion des deux ans de la mort d’Adama Traoré… Cliquer ici



Intolérable en deçà de l'Atlantique, défendable au-delà ?

Au nom de la cohérence et de quelques autres vertus démocratiques, de gauche, etc.